Faustin Zaméto a adressé le 2 septembre 2026 une lettre ouverte au ministre d'État de l'Éducation nationale, Aurélien Symplice Zingas, alertant sur les défis majeurs de la rentrée scolaire 2026-2027 dans le pays. Cette démarche intervient alors que des problèmes structurels et logistiques persistants menacent la qualité de l'enseignement dans plusieurs régions, compromettant ainsi l'avenir de milliers d'élèves. Par exemple, à Mobaye, dans la Basse-Kotto, une école locale est dépourvue de toit depuis une tornade survenue en mars, laissant les élèves et le personnel sans abri adéquat pour l'apprentissage. Les difficultés d'acheminement et de déploiement des enseignants vers les provinces continuent également d'entraver le bon fonctionnement du système éducatif, créant des disparités significatives entre les zones urbaines et rurales. L'année précédente, un indicateur alarmant montrait que seulement 40 des 100 enseignants affectés aux provinces étaient arrivés à leur poste avant le mois de décembre, engendrant des retards considérables dans le début des cours et une instabilité pédagogique. Au-delà des infrastructures défaillantes et de la pénurie d'enseignants, la surpopulation scolaire est également un enjeu criant, comme l'illustre la situation à l'école de Basse-Kotto, où l'élève Kevin, âgé de 13 ans, a rapporté que quatre élèves se partagent un banc initialement conçu pour deux, rendant les conditions d'apprentissage extrêmement difficiles.
Fardeau Financier des Parents
À Boy-Rabe, un quartier de Bangui, la situation financière des familles est apparue comme une préoccupation majeure le 30 août, selon les observations de Faustin Zaméto. Faustin Zaméto a mené une enquête approfondie et a recueilli le témoignage poignant de Maman Marie-Thérèse, une mère de famille résidant dans ce quartier, qui a décrit les dépenses considérables auxquelles les parents doivent faire face pour la scolarisation de leurs enfants. Ces frais, bien que souvent présentés comme des contributions volontaires, sont jugés obligatoires par les établissements et s'ajoutent aux difficultés économiques déjà prégnantes dans de nombreux foyers.
Selon Maman Marie-Thérèse, les parents sont contraints de débourser des sommes spécifiques pour divers besoins de l'école. Elle a détaillé que 3 000 FCFA sont exigés pour l'achat de la craie, un élément essentiel mais dont le coût est répercuté sur les familles. 2 000 FCFA sont demandés pour le salaire du concierge, une charge qui devrait idéalement être assumée par l'administration scolaire. Enfin, une contribution de 5 000 FCFA est requise pour la participation à l'acquisition ou la réparation du tableau noir. Ces montants, bien que pris individuellement, représentent une charge significative et souvent insurmontable pour les ménages à faibles revenus, qui peinent déjà à subvenir aux besoins primaires. La mère a précisé avec insistance que ces sommes sont exigées dès la rentrée scolaire, sans délai, ajoutant une pression financière immédiate sur les familles.
Pour ses quatre enfants, tous en âge scolaire, Maman Marie-Thérèse a estimé le coût total de ces contributions obligatoires à 40 000 FCFA. Ce montant représente une somme extrêmement importante pour une famille moyenne et met en lumière le fardeau financier disproportionné supporté par les parents pour assurer la scolarisation de leurs enfants, et ce, malgré la promesse d'une éducation gratuite. Ces coûts imprévus et non officiels s'ajoutent aux dépenses habituelles et déjà lourdes comme l'achat des fournitures scolaires, des uniformes, et des frais de transport, créant un véritable obstacle à l'accès à l'éducation pour de nombreux enfants.
Défis du Personnel Enseignant
Les conditions de travail et de rémunération du personnel enseignant constituent un autre point noir du système éducatif. Un représentant syndical de la Fédération des Enseignants Centrafricains a indiqué qu'un mémorandum détaillé avait été soumis au ministère en juin, signalant des préoccupations majeures concernant la gestion du personnel, les salaires et les conditions de vie des enseignants. Les conditions de rémunération des « maîtres-parents », ces éducateurs souvent non fonctionnaires qui pallient le manque de personnel dans les zones reculées, demeurent une difficulté notable et une source de grande précarité. Certains « maîtres-parents » dans les régions de l'Ouaka et de la Basse-Kotto n'avaient pas perçu de salaire depuis neuf mois, une situation inacceptable qui les plonge dans une détresse économique profonde et démotive fortement leur engagement.
Un « maître-parent » opérant à Ippy, dans l'Ouaka, a témoigné de sa situation précaire : il reçoit une rémunération de 35 000 FCFA lorsqu'il est payé, mais il peut parfois passer six mois sans percevoir son salaire, illustrant l'irrégularité flagrante des versements. Cette situation précaire affecte directement la stabilité du corps enseignant, la continuité pédagogique et la qualité de l'enseignement délivré aux élèves. L'incertitude quant à la perception de leur salaire pousse de nombreux « maîtres-parents » à abandonner leur poste ou à chercher d'autres sources de revenus, au détriment de l'éducation des enfants.
Les absences prolongées d'enseignants constituent une autre problématique majeure, ayant des répercussions directes sur le parcours scolaire des élèves. L'élève Sarah, âgée de 15 ans, a rapporté l'absence d'un professeur de mathématiques pendant quatre mois l'année dernière dans son établissement, soulignant les lacunes persistantes dans la couverture des postes et l'impact négatif sur l'apprentissage des matières fondamentales. Ces absences répétées perturbent gravement la progression des programmes scolaires et pénalisent les élèves dans leur préparation aux examens.
Conditions d'Apprentissage Déplorables
Faustin Zaméto a mené des visites de terrain exhaustives et rigoureuses pour recueillir des témoignages directs et observer les conditions d'apprentissage des élèves, sillonnant les quartiers défavorisés du Km5 à Bangui jusqu'aux zones rurales de la Basse-Kotto. Ces observations mettent en lumière des situations difficiles et souvent choquantes dans plusieurs établissements scolaires, révélant un manque criant de ressources et d'infrastructures adéquates.
À l'école publique Fatima de Bangui, l'enseignant Paulin est confronté à une classe de CE2 composée de 98 élèves. Cette surcharge est non seulement ingérable pour un seul enseignant, mais elle affecte directement les conditions de travail et d'enseignement, rendant impossible toute pédagogie individualisée ou même un suivi minimal de chaque élève. La promiscuité et le bruit dans une telle classe sont des obstacles majeurs à la concentration et à l'apprentissage.
La classe de CE2 de Paulin ne dispose que de trois tables-bancs endommagées, ce qui est largement insuffisant pour accueillir l'ensemble des élèves. La plupart des enfants sont contraints de s'asseoir à même le sol, d'écrire sur leurs genoux ou de partager des espaces exigus, ce qui nuit gravement à leur posture, à leur confort et à leur capacité d'attention. Aucun livre de lecture n'est disponible pour les élèves, limitant ainsi les ressources pédagogiques essentielles à leur apprentissage de la lecture et de l'écriture, compétences fondamentales pour leur réussite scolaire future. Ce manque de matériel de base entrave considérablement l'acquisition des connaissances et le développement des compétences nécessaires.
Propositions de Solutions Clés
Face à ces constats alarmants, Faustin Zaméto a formulé une série de propositions concrètes et urgentes, destinées à améliorer la situation éducative. Il a sollicité l'interdiction formelle et la sanction des frais d'inscription illégaux, demandant l'émission d'une circulaire claire et sans ambiguïté du ministère. Pour garantir l'application de cette mesure et permettre aux parents de signaler les abus en toute confiance, il a également proposé la mise en place d'un numéro vert dédié.
Une autre proposition avancée par M. Zaméto concerne la publication d'une carte scolaire détaillée et transparente. Cette carte devrait indiquer le nombre précis d'enseignants présents dans chaque établissement dès le premier jour de la rentrée. Selon M. Zaméto, cette mesure permettrait d'accroître la transparence, de garantir une meilleure répartition du personnel enseignant sur l'ensemble du territoire et de s'assurer que chaque école dispose des effectifs nécessaires pour fonctionner correctement.
M. Zaméto a également suggéré la distribution d'un kit scolaire complet à chaque élève. Ce kit, qui serait fourni gratuitement, inclurait un cahier, un stylo, ainsi que des manuels de lecture et de mathématiques. L'objectif est de pallier le manque criant de ressources pédagogiques constaté dans de nombreux établissements et de soulager le fardeau financier des parents. Ces initiatives sont présentées comme des réponses concrètes et immédiates aux défis identifiés pour la rentrée 2026-2027, visant à garantir un accès équitable et de qualité à l'éducation pour tous les enfants.
Portée et Implications Futures
Faustin Zaméto a proposé un ensemble de cinq mesures essentielles au ministre d'État de l'Éducation nationale, Aurélien Symplice Zingas, afin de jeter les bases d'une réforme durable et efficace du système éducatif. Parmi ces propositions figure le paiement intégral et sans délai de tous les « maîtres-parents » avant le 15 septembre, accompagné de la publication d'un calendrier de paiement clair et respecté, pour mettre fin à leur précarité financière. Une autre proposition clé concerne le lancement d'un plan d'urgence national et ambitieux pour la fabrication et la distribution de tables-bancs, afin de résoudre le problème de la surpopulation scolaire et des conditions d'apprentissage déplorables. Ces mesures, si elles sont mises en œuvre, pourraient transformer significativement le paysage éducatif du pays.