Touadéra : La Consolidation du Pouvoir par l'Élimination des Alliés

Thierry Patrick Akoloza en Pleine Emission a la Radio Ndeke Luka
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra est en train de consolider son pouvoir personnel autour de son clan, une stratégie marquée par l'élimination progressive de ses alliés politiques, selon des observateurs. Cette manœuvre de marginalisation s'illustre notamment par les cas de Gourna Zacko, de Thierry Kamach et de son parti MOUNI, ainsi que de la plateforme Be-Oko. Cette dynamique politique domine le paysage en Centrafrique en ce 26 mai 2026. La stratégie du président Faustin-Archange Touadéra, visant à renforcer son emprise sur le pouvoir en privilégiant son entourage direct, est devenue une caractéristique majeure du paysage politique centrafricain. Cette approche se manifeste par une série d'actions destinées à écarter les figures qui, à un moment ou à un autre, l'ont soutenu ou ont partagé ses objectifs politiques, soulignant que les alliances avec le président Touadéra semblent avoir une durée limitée.

Stratégie de Cooptation et d'Expulsion

Le régime en place a eu recours à la manipulation et à la cooptation de cadres issus des partis d'opposition démocratique historiques, par le biais de la distribution de postes et de privilèges. Ces tactiques visent à affaiblir les structures d'opposition traditionnelles tout en renforçant l'image d'un pouvoir capable d'attirer des personnalités de tous bords. Au sein du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), dirigé par Martin Ziguélé, Chantal Jean Édouard Koyambonou a ainsi obtenu un poste de ministre d'État, tandis que d'autres cadres tels que Jackson Mazette, Stanislas Zoumbeti et Étienne Malekoudou ont reçu des fonds. Ces ralliements individuels ont fragmenté les partis d'opposition, les privant de leurs figures influentes et de leurs ressources financières. L'Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) d'Anicet Georges Dologuélé a également été affectée par ces dynamiques, avec la défection notable d'André Nalké Dorogo. Le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), parti de l'ancien président André Kolingba, a également subi ces manœuvres, voyant certains de ses membres clés être attirés par les propositions du pouvoir en place.

Des sources proches du Palais de la Renaissance indiquent que le président Touadéra reproche aux dissidents du MLPC de ne pas avoir atteint les objectifs politiques fixés, notamment l'éviction de Martin Ziguélé et l'élection d'au moins un député sous leur bannière dissidente. Ce constat suggère que la cooptation n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'atteindre des objectifs politiques précis, et que l'échec à les réaliser peut entraîner un désaveu. Parallèlement, Simplice Mathieu Sarandji, secrétaire exécutif du parti présidentiel, a cherché à consolider sa position face à son rival Évariste Ngamana, illustrant les luttes de pouvoir internes au sein même de la majorité présidentielle, où la loyauté et l'efficacité sont constamment évaluées.

Le Tournant de l'Hôtel Ledger

Une réunion stratégique à l'Hôtel Ledger de Bangui a marqué un tournant dans cette rupture autoritaire, selon des sources proches du dossier. Cette rencontre, loin d'être une simple discussion politique, a été perçue comme un moment décisif où les intentions du président Touadéra de centraliser davantage le pouvoir ont été clairement affichées. Lors de cette réunion, le président Faustin-Archange Touadéra est arrivé avec un agenda jugé dictatorial. Il a procédé à l'expulsion de tous les élus du parti MOUNI présents, signalant une intensification de sa stratégie de consolidation du pouvoir. Cette action a envoyé un message fort à l'ensemble de la classe politique, indiquant que toute divergence ou opposition serait traitée avec fermeté.

Le président de la République, Faustin-Archange Touadéra, a ensuite imposé aux députés de ne voter que pour les noms figurant sur une liste unique qui leur a été présentée. Cette directive, rapportée par des participants, a eu pour conséquence l'élection de tous les membres du bureau de l'Assemblée nationale sans réelle compétition, juste après la réunion de l'Hôtel Ledger. Cette séquence d'événements témoigne d'une volonté affirmée de contrôler les institutions législatives, transformant le processus démocratique en une simple formalité. La mainmise sur l'Assemblée nationale est une étape clé pour le président, lui permettant de faire passer ses réformes et de neutraliser toute opposition parlementaire.

Cas Illustratifs de Marginalisation

Les alliés de la première heure qui ont soutenu le référendum constitutionnel et la réélection de Faustin-Archange Touadéra subissent actuellement des sanctions, illustrant la nature éphémère des partenariats politiques sous son régime. Ces dynamiques suggèrent que les alliances avec le président Touadéra sont de durée limitée, avec des opposants et des alliés de longue date étant utilisés, affaiblis, puis écartés du pouvoir une fois leur utilité perçue comme terminée. Cette stratégie de consolidation érode la base politique élargie du chef de l'État centrafricain, créant un climat d'incertitude et de méfiance parmi les acteurs politiques.

Des alliés de dernière minute, regroupés au sein de l'Union des forces démocratiques de l'opposition (UFDO), tels qu'Eddy Symphorien Kparekouti, Chantal Jean Édouard Koyambonou, Jackson Mazette, Stanislas Zoumbeti et Étienne Malekoudou, sont actuellement ignorés, selon des observations. Leur contribution, bien que précieuse à un moment donné, ne leur garantit aucune pérennité dans les cercles du pouvoir. Le leader du parti MOUNI, Thierry Kamach, a été exclu du gouvernement Moloua 3 sans explication officielle. Cette exclusion a soulevé de nombreuses interrogations quant aux critères de maintien ou de renvoi au sein de l'exécutif. Une justification non officielle de l'exclusion de M. Kamach avançait qu'il était candidat aux élections législatives et devait se concentrer sur son mandat parlementaire. Cette explication, perçue par beaucoup comme un prétexte, masque une volonté de réduire l'influence des alliés devenus potentiellement trop autonomes ou menaçants pour le pouvoir central. Le parti MOUNI et son dirigeant ont pourtant contribué de manière significative au soutien du référendum constitutionnel controversé et au processus électoral qui a suivi, démontrant un engagement clair envers les initiatives présidentielles. Malgré cela, leur sort illustre la précarité des positions pour ceux qui ne sont pas directement issus du cercle restreint du président.

Implications et Réactions

La stratégie du président Touadéra, marquée par l'utilisation puis l'élimination de ses alliés, a des implications profondes pour la stabilité politique et la gouvernance en Centrafrique. En affaiblissant systématiquement les structures d'opposition et en marginalisant même ses propres soutiens, le régime risque de se retrouver isolé, reposant uniquement sur un cercle de fidèles. Cette concentration du pouvoir autour d'un clan restreint peut entraîner une diminution de la représentativité politique et une fragilisation des institutions démocratiques. Les opposants et les alliés de longue date, une fois utilisés et affaiblis, sont écartés du pouvoir, ce qui alimente un sentiment de trahison et de désillusion au sein de la classe politique.

Cette approche, si elle permet une consolidation apparente du pouvoir à court terme, pourrait générer des tensions et des frustrations à long terme. La capacité du président à maintenir un équilibre politique sans une base de soutien élargie sera mise à l'épreuve. Les observateurs continuent de suivre de près cette dynamique, qui redéfinit les contours du paysage politique centrafricain et interroge sur la nature et la durabilité des alliances dans un environnement où la loyauté semble être une monnaie d'échange à durée limitée.