Rapport de la Banque Mondiale : Les finances publiques de la RCA sous tension

Un examen approfondi des finances publiques de la République centrafricaine (RCA) mené par la Banque mondiale, et publié le 2 juillet 2026, met en lumière les défis budgétaires persistants du pays. Ce rapport, issu d'une analyse rigoureuse, note la nécessité de réformes structurelles pour assurer la viabilité financière de la nation. Les données recueillies révèlent une situation complexe, où les revenus domestiques peinent à couvrir des dépenses croissantes, exacerbant un déséquilibre budgétaire structurel.

Pour l'année 2025, les revenus domestiques de la RCA se sont élevés à environ 187 milliards de francs CFA. Ce chiffre, bien que substantiel, est jugé insuffisant au regard des besoins du pays. En réponse à cette situation, la Banque mondiale a formulé des propositions ambitieuses pour stimuler la mobilisation des ressources. L'institution a notamment proposé un objectif clair d'augmentation des recettes, visant à les faire passer d'environ 10% du Produit Intérieur Brut (PIB) à 12% à court et moyen terme. À plus long terme, l'objectif est d'atteindre 15% du PIB, ce qui représenterait un renforcement significatif de l'autonomie financière du pays.

La masse salariale du secteur public représente une part particulièrement significative des ressources nationales, exerçant une pression considérable sur le budget de l'État. En 2020, elle s'établissait déjà à 52% des ressources domestiques. Cette proportion a continué de croître de manière alarmante, atteignant 70% des ressources domestiques en 2022, puis un pic de 73% en 2023. Bien qu'une légère amélioration ait été observée, avec une proportion s'établissant autour de 59% pour les années 2024 et 2025, la masse salariale demeure un poste de dépense majeur qui limite la capacité de l'État à investir dans d'autres secteurs essentiels.

Défis structurels des revenus et dépenses

Le budget total de la République centrafricaine pour l'année 2025 s'est établi à environ 385 milliards de francs CFA, un montant qui reflète l'ampleur des besoins du pays. Toutefois, en 2025, les recettes intérieures n'ont représenté que 10,1% du Produit Intérieur Brut (PIB), un niveau jugé insuffisant pour assurer une gestion budgétaire équilibrée. Le rapport de la Banque mondiale décrit cette situation comme un « déséquilibre budgétaire structurel », caractérisé par le fait que les dépenses courantes dépassent annuellement les recettes intérieures. Cette dynamique crée une dépendance chronique vis-à-vis de financements externes et entrave la capacité du gouvernement à financer ses propres priorités de développement.

La masse salariale constitue, comme mentionné, une part prépondérante des ressources nationales. Elle représentait 70% des ressources domestiques en 2022, avant de s'établir autour de 59% pour les années 2024 et 2025. Cette proportion élevée est un indicateur des contraintes pesant sur les finances publiques. Parallèlement, la dette publique du pays a enregistré une augmentation significative et préoccupante. Elle est passée de 44,4% à 62% du PIB depuis 2020. Cette hausse est directement attribuée au gel du soutien budgétaire régulier dont bénéficiait la RCA, privant le pays d'une source clé de financement et l'obligeant à recourir davantage à l'emprunt.

Les revenus réels du pays sont également fortement impactés par le contexte de conflit persistant. Dans ces conditions difficiles, ils sont estimés à environ 8% du PIB. Cette situation contraste fortement avec un potentiel de 13% du PIB qui pourrait être atteint dans un scénario de non-conflit, soulignant le coût économique direct de l'instabilité. La Banque mondiale estime que les pertes annuelles de revenus dues au conflit s'élèvent à environ 5,4 points de pourcentage du PIB, ce qui correspond à près de 114 millions de dollars sur la période allant de 2013 à 2022. Ces pertes considérables limitent drastiquement la capacité de l'État à financer les services publics et les investissements essentiels.

Impact sur les services essentiels

La répartition des dépenses publiques en RCA révèle des déséquilibres qui affectent directement les services essentiels à la population. Les dépenses de sécurité ont doublé entre 2016 et 2021, représentant environ 3,4% du Produit Intérieur Brut (PIB) du pays. Cette augmentation, bien que compréhensible dans un contexte d'instabilité, s'est faite au détriment d'autres secteurs vitaux. En comparaison, le secteur de l'éducation a bénéficié de dépenses s'élevant à environ 2,1% du PIB, tandis que la santé a reçu seulement environ 1,3% du PIB. Ces chiffres témoignent d'une allocation des ressources qui ne favorise pas suffisamment le développement humain à long terme.

L'éducation représente environ 10% des dépenses publiques totales, un chiffre qui reste significativement éloigné de l'objectif international de 20% recommandé pour garantir un système éducatif de qualité. Le secteur de la santé, quant à lui, reçoit 6,4% des dépenses publiques, alors que l'objectif fixé par la Déclaration d'Abuja est de 15%. Ces écarts par rapport aux normes internationales soulignent les défis majeurs auxquels sont confrontés ces secteurs.

Un indicateur clé de la situation de l'éducation publique révèle l'ampleur du problème : il y a 271 élèves par enseignant rémunéré par l'État dans l'enseignement primaire public. Ce ratio élevé témoigne d'un manque criant de personnel enseignant et d'une surcharge des classes, ce qui compromet la qualité de l'enseignement. 37% des dépenses allouées à l'éducation sont consacrées à l'enseignement supérieur, une proportion qui peut paraître disproportionnée au regard des besoins fondamentaux de l'enseignement primaire et secondaire. Le rapport de la Banque mondiale note avec insistance que l'État ne dépense qu'environ 1,3% du PIB pour la santé, un niveau bien en deçà de ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins sanitaires de la population.

Facteurs aggravants et dépendance externe

La dépendance de la République centrafricaine vis-à-vis des financements externes est un facteur aggravant de sa vulnérabilité budgétaire. Entre 2016 et 2021, environ 84% des investissements publics ont été financés par des ressources étrangères, ce qui met en évidence la faiblesse de la capacité d'investissement autonome du pays. Cette dépendance s'illustre également par le fait que, entre 2016 et 2024, les donateurs ont représenté environ 43,5% des revenus totaux de l'État. Une telle proportion rend les finances publiques extrêmement sensibles aux fluctuations de l'aide internationale et aux décisions des partenaires au développement.

Le secteur informel représente un défi majeur pour la mobilisation des recettes. Un rapport indique qu'à Bangui, pour chaque huit entreprises, une seule est formelle, tandis que sept opèrent dans le secteur informel. Cette prédominance de l'informel prive l'État d'une base fiscale élargie et stable. Près d'un quart des revenus provient des taxes sur les carburants, une source volatile et sujette aux chocs externes. En 2022, ces taxes ont chuté de 60%, illustrant la fragilité de cette source de revenus.

La RCA dispose de ressources naturelles considérables, mais leur potentiel n'est pas pleinement exploité. Les revenus forestiers sont actuellement estimés à environ 3,7 milliards de francs CFA par an, alors que leur potentiel est évalué à 9,1 milliards de francs CFA. De même, les revenus miniers s'élèvent à près de 500 millions de francs CFA, avec un potentiel estimé à 6,4 milliards de francs CFA. L'écart entre les revenus actuels et le potentiel non réalisé représente une opportunité manquée de diversification et de renforcement des recettes.

La gouvernance et la transparence budgétaire sont également des points faibles. La République centrafricaine se classe au 115e rang sur 125 pays selon l'Open Budget Index, qui mesure la transparence budgétaire. Ce faible classement indique un manque de clarté et d'accessibilité des informations budgétaires pour le public et les acteurs de la société civile. En 2023, 63% des contrats de marchés publics ont été attribués par voie de gré à gré, sans appels d'offres ouverts. Cette pratique, qui favorise le manque de concurrence et le risque de corruption, nuit à l'efficience des dépenses publiques et à la confiance des investisseurs.

Les entreprises publiques représentent également un fardeau financier. Les entreprises ENERCA (électricité), SODECA (eau) et SOCATEL (télécommunications) affichent une dette cumulée dépassant 4% du PIB, ce qui pèse sur les finances de l'État et limite leur capacité à fournir des services de qualité. Enfin, un indicateur de l'inefficacité de l'investissement public est que seulement 11% des investissements financés par des ressources domestiques ont été exécutés en 2023. Ce faible taux d'exécution signifie que de nombreux projets essentiels ne sont pas réalisés, freinant le développement économique et social du pays.

Feuille de route pour l'amélioration

Face à ces défis multiples, la Banque mondiale propose une feuille de route détaillée pour l'amélioration des finances publiques de la RCA. Une des mesures clés identifiées est la numérisation de l'administration fiscale, qui pourrait générer jusqu'à deux points de pourcentage supplémentaires du PIB à court terme. Cette initiative permettrait d'élargir l'assiette fiscale, de réduire la fraude et d'améliorer l'efficacité de la collecte des impôts.

La feuille de route proposée s'articule autour de trois axes principaux : mobiliser davantage de revenus, améliorer l'efficience des dépenses et renforcer la transparence. Ces piliers sont interdépendants et nécessitent une approche coordonnée pour produire des résultats durables.

Les réformes initiales préconisées par la Banque mondiale sont ciblées sur des domaines critiques. Elles concernent la fiscalité des carburants, un secteur à fort potentiel de revenus mais aussi de volatilité. La gestion de la trésorerie et de la dette est également une priorité pour assurer la stabilité financière du pays. La numérisation fiscale est mise en avant pour moderniser la collecte des impôts. Le renforcement de la transparence budgétaire est essentiel pour restaurer la confiance et améliorer la redevabilité. Enfin, une meilleure coordination de l'aide extérieure est nécessaire pour maximiser l'impact des financements des partenaires.

À plus long terme, la Banque mondiale recommande la mise en place de marchés publics électroniques afin de moderniser le processus d'attribution des contrats, de réduire les risques de corruption et d'accroître l'efficience. Un cadastre numérique est également suggéré pour mieux gérer les biens fonciers et immobiliers, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles sources de revenus et sécuriser les droits de propriété. La réforme des entreprises publiques est jugée indispensable pour réduire leur endettement et améliorer leur performance. Enfin, une meilleure allocation des dépenses vers la santé et l'éducation est une priorité stratégique pour investir dans le capital humain et assurer un développement inclusif et durable de la République centrafricaine.