Or : Le Cameroun tente de maîtriser ses pertes, la RCA s'enfonce dans l'opacité

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Photo via Corbeaunews-centrafrique

Voici l'article étendu, respectant les consignes de longueur et de fidélité aux faits :

Entre 2021 et 2025, le Cameroun a enregistré des exportations légales d'or s'élevant à seulement 148 kilogrammes, d'après les douanes camerounaises. Ce chiffre, bien que représentant l'activité officielle déclarée par le pays, contraste fortement avec les données internationales. Pendant la même période, les registres d'importation de Dubaï indiquent que 44 tonnes d'or en provenance du Cameroun sont arrivées dans l'émirat, soulignant une divergence massive et préoccupante. Cet écart considérable dans les chiffres d'exportation représente une perte estimée à près de 2 000 milliards de francs CFA pour le Cameroun sur ces cinq ans, une somme colossale qui aurait pu être investie dans le développement national.

Face à cette situation alarmante de fuite de capitaux et de ressources, le ministre camerounais des Mines a pris des mesures concrètes, ordonnant la fermeture immédiate de 200 sociétés minières illégales. Ces opérations illicites étaient principalement concentrées dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua, des zones riches en ressources minières mais souvent difficiles à contrôler. Au-delà de ces fermetures, le Cameroun met également en œuvre une loi de 2023, récemment adoptée, qui interdit toute exportation d'or sans l'accord préalable de la Société des mines du Cameroun, l'entreprise publique chargée de superviser le secteur. Cette législation vise à centraliser et à mieux réguler les flux d'or, afin de s'assurer qu'ils contribuent à l'économie nationale. En 2023 spécifiquement, le Cameroun a officiellement exporté 22,3 kg d'or, un volume dérisoire comparé aux 15,2 tonnes (soit 15 200 kg) que les pays importateurs ont déclaré avoir reçu du pays, illustrant l'ampleur du problème de la contrebande et de l'évasion des circuits officiels.

Disparités d'exportation flagrantes et persistance des réseaux informels

La problématique des exportations illégales d'or n'est pas nouvelle pour le Cameroun, et les données historiques le confirment. Entre 2008 et 2018, plus de 73 tonnes d'or auraient été exportées illégalement du Cameroun, alors que les rapports officiels du pays n'en mentionnaient aucune exportation durant cette décennie. Cette divergence met en lumière une problématique persistante et profondément enracinée dans le secteur minier du pays, qui échappe au contrôle de l'État depuis de nombreuses années.

Un rapport de 2023 publié par l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) a également révélé des divergences significatives dans les chiffres officiels de l'or, corroborant les préoccupations concernant la gestion des ressources. Ce rapport, une référence pour la transparence dans le secteur extractif, a souligné que la production d'or rapportée par le Cameroun en 2023 s'élevait à 953 kilogrammes. Cependant, même ce chiffre de production ne correspond pas aux faibles volumes d'exportation officiels, ni aux importantes quantités importées par d'autres pays. Ces chiffres suggèrent qu'une part importante de l'or produit au Cameroun échappe aux circuits officiels, étant redirigée vers des réseaux informels ou faisant l'objet de contrebande organisée, privant ainsi l'État de recettes fiscales essentielles et de redevances minières.

Opacité et réseaux en République centrafricaine

La situation est tout aussi préoccupante, sinon plus, en République centrafricaine (RCA), où le ministère des Mines se trouve dans l'incapacité de vérifier et de comparer les données relatives aux exportations d'or. Cette incapacité note un manque criant de transparence et de capacités de contrôle dans le secteur minier centrafricain. Cette situation rend difficile toute évaluation précise des flux de métaux précieux quittant le pays, empêchant l'État de comprendre l'ampleur des pertes et de prendre des mesures correctives efficaces.

L'or et les diamants de la République centrafricaine seraient exportés via des réseaux clandestins bien établis. Ces circuits informels, opaques et difficiles à démanteler, sont gérés par des individus proches du pouvoir et des partenaires étrangers, créant un système parallèle qui échappe aux canaux officiels et au contrôle de l'État. Cette opacité structurelle contribue à des pertes significatives pour l'économie nationale, qui peine à bénéficier de ses propres richesses naturelles.

Les bureaux de contrôle en République centrafricaine, tels que le BECDOR (Bureau d'Évaluation et de Contrôle des Diamants et de l'Or), sont décrits comme des « coquilles vides ». Cette expression forte indique que ces entités, censées garantir la légalité et la transparence des transactions, ne disposeraient d'aucun contrôle réel ni d'outils efficaces pour assurer la traçabilité des métaux précieux. L'absence de surveillance adéquate permet aux exportations illégales de prospérer sans entrave, alimentant l'économie informelle et la corruption.

Contrôles et défis persistants face à l'influence étrangère et la corruption

Au Cameroun, l'analyse des opérations illégales révèle une forte implication étrangère. La plupart des entreprises minières illégales identifiées sont de propriété étrangère, avec plus de 95 % des sociétés reconnues comme illégales étant des firmes étrangères. Cette prédominance étrangère complexifie les efforts de régulation et de contrôle. Parmi ces entreprises étrangères, nombre sont dirigées par des ressortissants chinois, ce qui met en lumière une dimension internationale à la problématique de l'exploitation illégale des ressources.

Face à cette situation, les autorités camerounaises ont enjoint à ces entreprises de « immédiatement cesser leurs activités minières », une directive claire visant à restaurer l'ordre dans le secteur. Cependant, malgré ces injonctions et la réactivité affichée des autorités, la corruption et l'influence d'élites puissantes continuent de limiter l'application effective des réglementations minières dans le pays. Ces facteurs entravent considérablement les efforts visant à formaliser le secteur, à enrayer les exportations illégales d'or et à garantir que les richesses minières bénéficient pleinement à la population camerounaise. La lutte contre ces pratiques illicites représente un défi majeur pour la gouvernance et le développement économique des deux nations.