Maternité en péril : les femmes centrafricaines face à un risque mortel

Women wait for their pre-natal consultations in the Birao District Hospital in Central African Republic, Thursday, March 26, 2026.
Photo: Caitlin Kelly - AP via News

En République centrafricaine, la maternité représente un risque mortel pour les femmes, comme en témoignent plusieurs incidents survenus le jeudi 26 mars 2026. Ce jour-là, au centre du pays, des femmes attendaient leurs consultations prénatales à l'Hôpital de district de Birao. La scène, qui se déroulait dans un établissement déjà sous pression, mettait en lumière les défis quotidiens auxquels sont confrontées les futures mères dans cette région. Simultanément, Maude Ahmad Fadala, affaiblie par la typhoïde et résidant au camp de réfugiés de Korsi, a accouché dans la rue. Son témoignage, empreint de détresse, illustre la réalité crue de l'absence de soins médicaux essentiels. « J'ai accouché dans la rue. Il n'y avait pas de médecin, pas de sage-femme, et personne ne me tenait la main », a-t-elle déclaré, soulignant l'isolement et la vulnérabilité des femmes dans de telles circonstances.

Cette situation fait écho aux défis sanitaires persistants dans la région, exacerbés par des décisions politiques et des conflits. Selon des informations rapportées, quatre sages-femmes locales à Birao, qui bénéficiaient auparavant du soutien du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), ont perdu leur emploi l'année dernière. Cette cessation d'activité a fait suite à la décision de l'administration Trump de couper tous les accords de financement des États-Unis avec l'agence des Nations unies dédiée à la santé sexuelle et reproductive. Ces coupes budgétaires ont eu des répercussions directes et dévastatrices sur la disponibilité des soins essentiels. Des données indiquent que les femmes en République centrafricaine sont 40 fois plus susceptibles de mourir pendant la grossesse ou l'accouchement qu'aux États-Unis. Pour 100 000 naissances dans le pays, 829 femmes décèdent, d'après des sources concordantes, un chiffre qui note l'ampleur de la crise sanitaire maternelle.

Conditions précaires à Birao

L'hôpital de district de Birao se trouve à plusieurs kilomètres (plus d'un mile) du camp de réfugiés de Korsi, une distance que les femmes doivent parcourir sur des chemins de terre souvent impraticables, rendant l'accès aux soins déjà difficile. Au sein de cet établissement, le service de maternité dispose de seulement huit lits pour desservir une population d'environ 70 000 habitants. À cette population locale s'ajoutent 22 000 réfugiés soudanais, fuyant le conflit dans leur pays, ce qui accroît considérablement la pression sur des infrastructures déjà fragiles. La capacité limitée de l'hôpital met en évidence l'inadéquation des ressources face à des besoins croissants.

Les coupes d'aide ont entraîné la perte d'emplois pour 12 membres du personnel de l'hôpital de district, la majorité d'entre eux provenant du service de maternité, réduisant encore davantage la main-d'œuvre qualifiée disponible. Cette réduction de personnel intervient à un moment critique. Depuis le début du conflit au Soudan début 2023, le nombre de femmes arrivant quotidiennement à l'hôpital a triplé, exacerbant la pression sur des ressources déjà limitées et un personnel réduit. En République centrafricaine, plus de 40 % des naissances ont déjà lieu en dehors des structures médicales, un chiffre qui risque d'augmenter avec la diminution des services disponibles, exposant davantage de mères et de nouveau-nés à des risques évitables. Les conséquences de cette situation sont multiples, allant de l'augmentation des complications pendant l'accouchement à la difficulté d'accès aux soins post-nataux essentiels.

Crise humanitaire et désengagement des aides

Les coupes budgétaires drastiques dans le financement de l'aide humanitaire par les principaux donateurs comme les États-Unis et d'autres pays ont rendu encore plus difficile l'accès des femmes aux soins en République centrafricaine. Cette diminution du soutien international a un impact direct sur la capacité des organisations à fournir des services vitaux. Le budget du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en République centrafricaine a ainsi été réduit de moitié au cours des deux dernières années, pour atteindre 6,5 millions de dollars. Cette réduction est particulièrement préoccupante car l'UNFPA était le seul fournisseur de produits de santé reproductive à Birao, selon des sources concordantes. La dépendance de la région vis-à-vis de cette seule source rend les coupes encore plus critiques.

En 2024, le gouvernement centrafricain a annoncé un plan visant à augmenter les dépenses pour des ressources telles que des accoucheuses qualifiées, reconnaissant l'urgence de la situation. Cependant, l'ampleur de la crise et les coupes d'aide internationales rendent la mise en œuvre effective de ce plan d'autant plus difficile. Clara Abessendé, l'une des quatre sages-femmes qui ont perdu leur emploi en raison de ces coupes, a déploré les conséquences de cette situation sur la santé des mères et des enfants. « En conséquence, il y a eu plus de cas de décès infantiles et maternels », a-t-elle déclaré, soulignant la corrélation directe entre la perte de personnel qualifié et l'augmentation des tragédies. Elle a ajouté, visiblement affectée par cette interruption forcée de son activité et le sentiment d'abandon : « Les enfants nés dans mes mains... Je les ai abandonnés comme ça. » Son témoignage poignant reflète le désarroi des professionnels de la santé contraints d'observer la détérioration de la situation sans pouvoir agir.

Dans ce contexte de crise, les histoires individuelles de souffrance sont nombreuses. Katidje Idrisse Tahire, qui a fui le Soudan à pied il y a quatre mois, a été dépouillée de tous ses biens par des hommes armés à la frontière. Son voyage éprouvant et cette agression l'ont laissée dans un état de grande fragilité. Épuisée et souffrante, elle a exprimé son calvaire : « Tout mon corps me fait mal. Je suis très fatiguée et souffrante. » Son récit est emblématique des épreuves supplémentaires que doivent endurer les femmes déplacées, qui arrivent souvent dans des conditions physiques et psychologiques extrêmes, sans accès immédiat aux soins dont elles ont désespérément besoin. Ces femmes, déjà traumatisées par les conflits et les déplacements, sont ensuite confrontées à un système de santé défaillant.

L'impact dévastateur sur les mères et nouveau-nés

L’impact de cette crise sanitaire est visible à travers des cas individuels déchirants qui illustrent la détresse humaine derrière les statistiques. Amna Adam Hessen, par exemple, est arrivée à l'Hôpital de district de Birao le mercredi 25 mars 2026, brûlant de fièvre due au paludisme et avec son enfant à naître en position de siège, une complication souvent évitable par des consultations prénatales régulières. Après avoir reçu des analgésiques, elle a malheureusement subi une hémorragie sévère pendant l'accouchement et a perdu son bébé, murmurant « Mama, mama » dans sa détresse. Ce cas note à quel point l'absence de suivi prénatal et la difficulté d'accès aux soins d'urgence peuvent avoir des conséquences fatales. L'histoire d'Amna Adam Hessen est un rappel poignant des vies brisées par un système de santé sous-financé et surchargé.

La vie quotidienne au camp de réfugiés de Korsi à Birao illustre également la précarité ambiante et les défis persistants pour l'accès aux ressources de base. Des femmes et des enfants sont régulièrement observés allant chercher de l'eau au crépuscule, le vendredi 27 mars 2026, une image qui note les difficultés quotidiennes rencontrées par les populations déplacées. Le manque d'accès à l'eau potable et à des installations sanitaires adéquates aggrave les risques pour la santé, en particulier pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, les rendant plus vulnérables aux maladies et aux complications. Ces conditions de vie précaires sont un facteur aggravant de la crise sanitaire maternelle et infantile.

La République centrafricaine s'inscrit dans un contexte africain où les décès maternels restent alarmants et constituent une préoccupation majeure pour la santé publique mondiale. L'Afrique subsaharienne concentre 70% des décès maternels mondiaux, un chiffre qui témoigne de l'ampleur du problème dans cette région. Environ 180 000 décès liés à la grossesse sont recensés chaque année sur l'ensemble du continent africain, ce qui représente une tragédie humaine à grande échelle. Cette situation s'étend également aux nouveau-nés, avec environ 1 million de décès de nouveau-nés enregistrés chaque année en Afrique, soulignant l'interconnexion des problèmes de santé maternelle et infantile. Ces statistiques alarmantes mettent en lumière la nécessité urgente d'investissements massifs et durables dans les systèmes de santé africains.

La fragilité des contextes nationaux exacerbe ces statistiques déjà sombres. Près des deux tiers des décès maternels dans le monde surviennent dans des pays touchés par des conflits ou considérés comme « fragiles ». La République centrafricaine en est un exemple frappant, où un tiers de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, ajoutant une dimension économique à la crise sanitaire et humanitaire. La pauvreté généralisée limite l'accès aux soins, à une alimentation adéquate et à des conditions de vie saines, créant un cercle vicieux de vulnérabilité. Les conflits armés perturbent les infrastructures de santé, déplacent les populations et rendent l'acheminement de l'aide humanitaire extrêmement difficile, compromettant encore davantage la survie des mères et de leurs enfants. La conjugaison de ces facteurs fait de la maternité en République centrafricaine une véritable épreuve de survie pour de nombreuses femmes.