Dans une tribune publiée le 17 septembre 2026, Faustin Zaméto a analysé les trois années de Mathieu Simplice Sarandji à la Primature, après sa nomination comme Premier Ministre en avril 2016. À cette période, selon Faustin Zaméto, « il n’y a plus d’État », le pays étant « au bord du vide ». La mission principale du gouvernement Sarandji était alors de « faire survivre » l’État, permettant le retour de partenaires comme « L’Union Européenne, la Banque Mondiale, la BAD », et la reprise du versement des salaires, un « acte fondateur qui empêche l’effondrement final ». Faustin Zaméto estime que « Pour cette première mission – survivre – la Primature a fait son travail. »
Cependant, Faustin Zaméto décrit une « Primature faible, une Présidence forte », où « Sa légitimité venait entièrement du Président. Résultat : les ministres allaient directement à la Présidence. La Primature coordonnait, mais ne tranchait ». Cette période a été marquée par une « gestion de rente », où, pour « dépenser vite et montrer des résultats aux bailleurs, le recours aux procédures d’exception – gré à gré, conventions directes – est devenu fréquent ».
Un État au bord du vide et la nécessité de la survie
Faustin Zaméto distingue deux périodes distinctes dans l'action gouvernementale : celle de la gestion de l'urgence post-crise et celle de l'absence de transformation institutionnelle profonde. Le président Faustin-Archange Touadéra avait nommé Mathieu Simplice Sarandji, un proche confident, également ancien collègue universitaire et directeur de campagne, au poste de Premier ministre. Cette nomination s'inscrivait dans un contexte de crise profonde.
En 2016, l'État centrafricain était décrit comme « au bord du vide », caractérisé par des caisses publiques exsangues et une administration territoriale largement absente. Le territoire échappait dans une grande mesure au contrôle administratif, nécessitant une action immédiate pour prévenir un effondrement total. La situation était telle que la mission de son gouvernement, comme l'a expliqué Faustin Zaméto, était « de survivre », et non « de développer ». Cette distinction est clé pour comprendre les priorités et les contraintes de l'époque. Face à cette réalité alarmante, l'objectif essentiel était de restaurer un minimum de fonctionnalité étatique et de rassurer les partenaires internationaux sur la capacité du pays à se stabiliser.
La conférence de Bruxelles et la survie de l'État
La première phase de l'action de Mathieu Simplice Sarandji a permis la survie de l'État, selon Faustin Zaméto. La mission de son gouvernement était « de survivre », et non « de développer », a expliqué Faustin Zaméto. « Pour cette première mission – survivre – la Primature a fait son travail », a résumé Faustin Zaméto concernant cette période initiale. Un succès majeur de la Primature Sarandji est la conférence de Bruxelles, tenue en novembre 2016. Cet événement international a été un jalon essentiel pour la République Centrafricaine. À cette occasion, le Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix (RCPCA) a été présenté. Ce plan détaillait les besoins urgents du pays et les stratégies envisagées pour sa reconstruction. La conférence a permis d'obtenir plus de 2 milliards de dollars en engagements de la part des partenaires internationaux, une somme colossale et vitale pour un État en déliquescence.
Le retour de l'Union Européenne, de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement, ainsi que la reprise du versement des salaires, ont suivi cette conférence. Cet épisode est décrit comme « l'acte fondateur qui empêche l'effondrement final ». Ces actions ont eu des répercussions concrètes sur la vie des citoyens et le fonctionnement de l'administration. Des signes de rétablissement institutionnel ont été observés, incluant le retour de certains préfets dans les régions, la réouverture de l'université, symbole de la reprise de la vie intellectuelle, et la reprise de la vie parlementaire, essentielle au processus démocratique. À partir de 2018, de nouvelles coopérations sécuritaires ont permis une progressive reconquête du territoire, renforçant la présence de l'État dans des zones jusque-là contrôlées par des groupes armés. Faustin Zaméto a affirmé que Sarandji a réussi dans cette première phase, celle de la survie de l'État.
L'échec de la refondation institutionnelle
Malgré ces succès initiaux, la deuxième phase, qui devait être celle de la « refondation par les institutions », n'a pas été initiée. Le « chaînon manquant » réside dans l'incapacité du gouvernement à transformer la phase de survie en une refondation institutionnelle profonde. Le processus de Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Rapatriement (DDRR), pourtant clé pour une paix durable, n'a pas abouti à un désarmement significatif, selon des observations. Cela a laissé planer une incertitude sur la stabilité à long terme et la capacité de l'État à monopoliser la violence légitime.
Un déséquilibre a été constaté, caractérisé par une « Primature faible, une Présidence forte ». Cette dynamique a eu des conséquences directes sur la gouvernance. Le manque de base politique personnelle du Premier ministre a limité sa capacité d'arbitrage, les ministres s'adressant directement à la Présidence. Cette centralisation du pouvoir autour de la Présidence a affaibli le rôle de coordination et de supervision de la Primature. Les financements internationaux obtenus après la conférence de Bruxelles, bien que nécessaires, ont conduit à une logique de « gestion de rente » et à un recours fréquent aux procédures d'exception, telles que les gré à gré et les conventions directes, afin de dépenser rapidement et de montrer des résultats aux bailleurs. Faustin Zaméto a souligné que lorsque l'urgence perdure pendant trois ans, « l'exception devient une culture administrative ». Cette situation est attribuée à la logique d'un État rentier dépourvu de contre-pouvoirs techniques, plutôt qu'à une faute individuelle.
Le contrôle parlementaire est resté limité, le ministère des Finances, dirigé par Henri-Marie Dondra, assurant l'exécution budgétaire tandis que les mécanismes de contrôle comme la Cour des comptes et la régulation des marchés étaient encore en phase de reconstruction. En février 2019, le gouvernement a signé l'Accord de Khartoum, qui a intégré des groupes armés au sein du gouvernement. L'Accord de Khartoum est décrit comme « un compromis politique qui achète du temps, mais ne résout pas le fond ». Il s'agissait d'une solution pragmatique pour apaiser les tensions, mais elle n'a pas traité les causes profondes de l'instabilité ni permis un désarmement complet, laissant les institutions fragiles.
Un système persistant et ses défis pour l'avenir
La méthode de survie, jugée nécessaire en 2016, est devenue un frein après 2019. Le système établi entre 2016 et 2019 a perduré après le départ de Mathieu Simplice Sarandji et persiste en 2026. Ce système se caractérise par une forte centralisation autour de la Présidence, un recours fréquent aux procédures d'exception, un Parlement qui vote mais contrôle peu l'exécution, et une paix davantage fondée sur des équilibres politiques que sur un désarmement complet. Ces quatre caractéristiques définissent un mode de gouvernance qui, bien qu'efficace pour la survie immédiate, s'est avéré insuffisant pour une transformation durable.
La République Centrafricaine aurait dû renforcer ses institutions de contrôle financier, de passation des marchés publics et d'administration territoriale pour consolider les acquis de la première phase. Des institutions clés manquent ou sont encore trop faibles, notamment une Cour des comptes forte, une autorité autonome de passation des marchés publics et une administration décentralisée réellement financée. Ces lacunes institutionnelles entravent la bonne gouvernance, la transparence et la redevabilité, éléments essentiels pour bâtir un État résilient.
Le défi pour la République Centrafricaine en 2026 est de passer « de l'état de survie, dépendant de la rente extérieure et de l'urgence, à l'état de refondation, basé sur des institutions de contrôle, de redevabilité et de services publics ». Huit ans après la conférence de Bruxelles, et malgré d'importants fonds promis, les citoyens de PK5, Boy-Rabe ou Birao estiment que l'État ne les a toujours pas atteints. Cette perception populaire note l'écart persistant entre les engagements internationaux et la réalité vécue par les populations, mettant en lumière l'urgence d'une refondation institutionnelle qui se traduise par des services publics concrets et une présence étatique effective sur l'ensemble du territoire. L'héritage de Sarandji est donc ambivalent : une réussite dans la survie, mais un échec dans la transition vers une gouvernance institutionnellement solide et pérenne.