Plusieurs centaines de combattants du groupe Wagner restent positionnés le long du cours supérieur de l'Oubangui en République centrafricaine. Jusqu'à 500 membres de Wagner contrôlent toujours cette région stratégique, qui est d'une importance capitale pour ses ressources naturelles. Selon les informations disponibles, la mine de Ndassima y extrait environ cinq tonnes métriques d'or chaque année, une quantité estimée à 500 millions de dollars sur les marchés internationaux. Cette présence militaire et économique note l'emprise croissante du groupe sur des pans entiers de l'économie centrafricaine et son rôle dans la déstabilisation régionale.
Le trafic d'opioïdes, pilier financier
Le groupe Wagner gère un trafic de drogue centré sur le tramadol, un analgésique opioïde qui se transforme en puissant stimulant à fortes doses. Ce trafic de stupéfiants représente une source de revenus significative et un moyen de contrôle sur ses propres effectifs. Les mineurs travaillant dans les exploitations aurifères de Wagner utilisent le tramadol pour maintenir des cadences élevées, une pratique qui met en lumière les conditions de travail extrêmes imposées. De même, les combattants l'ingèrent sur les théâtres d'opérations afin de supprimer la peur, témoignant de l'utilisation de substances pour altérer le comportement et la perception des risques au combat. Ce trafic de tramadol aurait entraîné un triplement des prix en raison de la forte demande, avec des allégations selon lesquelles de hauts responsables de la sécurité contrôleraient ce marché, suggérant une corruption institutionnalisée. L'ampleur de ce commerce illicite d'opioïdes contribue à financer les opérations de Wagner et à renforcer son influence dans la région.
L'emprise sur les ressources naturelles
Le groupe Wagner génère des revenus annuels estimés à 180 millions de dollars grâce à l'exportation illicite d'or depuis la République centrafricaine. Des intérêts liés à Wagner contrôlent la mine de Ndassima, la plus grande du pays, selon des informations convergentes. Cette mainmise sur la principale source d'or du pays lui assure un contrôle direct sur une ressource stratégique et lucrative. L'or extrait serait blanchi à travers des exportateurs connectés aux Émirats arabes unis, utilisant des avions cargo militaires enregistrés en République centrafricaine pour son transport. Cette méthode de transport, qui détourne des moyens militaires à des fins commerciales illicites, illustre la fusion des intérêts étatiques et criminels. Cette activité a mené à une augmentation significative des exportations d'or. Alors que 1,7 tonne métrique a été exportée en 2023, ce volume pourrait atteindre jusqu'à sept tonnes métriques d'ici la fin de 2025. Ces chiffres illustrent l'ampleur croissante de l'implication de Wagner dans le secteur aurifère centrafricain et la rapidité avec laquelle le groupe est parvenu à structurer son réseau d'extraction et d'exportation illégale.
Gouvernance criminalisée et opérations militaires
Un rapport de juin 2026 de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime a révélé que des acteurs liés au groupe Wagner et leurs alliés se sont incrustés dans des ministères clés, l'appareil de sécurité et l'administration douanière. Cette infiltration profonde des structures étatiques permet à Wagner d'opérer avec une impunité quasi totale et de diriger des activités illicites. Le rapport décrit un système de gouvernance criminalisée où la coercition, la régulation et l'extraction de ressources ont fusionné en une structure unique liée à la présidence. Ce modèle de gouvernance corrompue et violente permet à Wagner d'exploiter les ressources du pays à son profit. Un monopole du carburant soutenu par le gouvernement générerait entre 17,5 millions et 30 millions de dollars de bénéfices annuels injustifiés, illustrant un autre exemple de l'enrichissement illicite de ce réseau. Parallèlement, le groupe Wagner a effectué des transferts illégaux d'avions de transport militaire pour déplacer des armes et des mercenaires, renforçant ses capacités opérationnelles et sa présence militaire. La République centrafricaine sert également de hub logistique pour les opérations de Wagner ailleurs sur le continent, consolidant son rôle central dans les activités du groupe en Afrique.
Conséquences sur les civils
Les bombardements aériens menés par le groupe Wagner, combinés aux engins explosifs improvisés déployés par des groupes armés, entraînent une augmentation des victimes civiles. Ces tactiques brutales ont des conséquences dévastatrices pour les populations locales, prises entre les feux des différents acteurs armés. En février 2025, une milice alignée sur Wagner a tué environ 130 personnes lors d'une attaque contre des éleveurs peuls près de la frontière camerounaise. Cette attaque contre des éleveurs peuls a été la plus meurtrière contre des civils depuis mars 2022 dans la région, soulignant l'escalade de la violence et l'impact direct des opérations de Wagner sur la vie des civils. Ces actes de violence indiscriminée contribuent à une crise humanitaire persistante et à des déplacements massifs de populations, exacerbant l'instabilité déjà précaire de la République centrafricaine.