Le régime de Touadéra accusé de mensonges d'État face à une crise financière, selon Fari Tahéruka Shabazz

photo de famille avec l empereur president touadera avec les ministres du gouvernement moloua 3 au sortir du premier conseil des ministres juin 2026
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Fari Tahéruka Shabazz, une personnalité reconnue et influente en République centrafricaine, a récemment émis une mise en garde sévère contre toute illusion concernant la nouvelle République de Touadéra. Cette déclaration intervient à un moment clé pour le pays, alors que le premier Conseil des ministres du gouvernement Moloua III s'est tenu le jeudi 4 juin. Lors de cette réunion importante, le président Faustin Archange Touadéra a présenté un programme ambitieux et détaillé pour ce qu'il a qualifié de « nouvelle République », selon des sources officielles proches de la présidence. Ce programme, conçu pour insuffler un nouvel élan au développement du pays, inclut des initiatives majeures visant à améliorer de manière significative l'accès à l'électricité et à l'eau potable pour la population. Il prévoit également le développement et la réhabilitation du réseau routier national, essentiel pour désenclaver les régions et faciliter les échanges économiques. La modernisation de l'agriculture, pilier de l'économie centrafricaine, figure aussi en bonne place, tout comme la promotion et le développement de la transition numérique, perçue comme un levier de croissance et d'innovation.

Détails alarmants sur les finances publiques et les défis budgétaires

Cependant, cette vision optimiste contraste fortement avec les réalités financières du pays. Les chiffres officiels, tels que rapportés dans la Loi de Finances 2026, confirment une situation critique des finances publiques en République centrafricaine. Ces données révèlent l'existence d'un « trou béant » de 28 milliards de Francs CFA dans les comptes publics de l'État, signalant un déséquilibre budgétaire d'une ampleur préoccupante. Ce déficit met en lumière les difficultés structurelles auxquelles est confrontée l'administration pour équilibrer ses dépenses et ses recettes.

Les recettes totales prévisionnelles sont théoriquement plafonnées à 368 milliards de Francs CFA, un montant qui encadre de manière restrictive les capacités de financement de l'État pour l'exercice à venir. Cette limite financière note l'étroitesse de la marge de manœuvre budgétaire dont dispose le gouvernement. Les ressources disponibles se révèlent insuffisantes pour couvrir les dépenses de fonctionnement essentielles de l'administration, ce qui pose des défis majeurs non seulement pour la gestion quotidienne des services publics, mais aussi pour la capacité de l'État à maintenir ses fonctions régaliennes et à assurer la prestation des services de base à la population.

Parallèlement à cette contrainte budgétaire, les rapports d'exécution budgétaire mettent en évidence une diminution nette et significative des investissements publics. Cette réduction drastique des fonds alloués aux projets d'infrastructure vitaux et aux initiatives de développement pourrait avoir des conséquences désastreuses à long terme, en freinant la croissance économique du pays et en compromettant l'amélioration des conditions de vie des citoyens. Le manque d'investissements dans des secteurs clés tels que les infrastructures, l'éducation ou la santé risque d'exacerber les problèmes existants et d'entraver le progrès social.

Critique acerbe des promesses présidentielles face à une réalité économique difficile

Fari Tahéruka Shabazz n'a pas mâché ses mots face à cette situation. Il affirme que cette liste d'intentions et de promesses ambitieuses est idéaliste et profondément déconnectée des réalités économiques actuelles et des contraintes budgétaires sévères que traverse le pays. Selon lui, cette profusion de promesses constitue, en réalité, un écran de fumée habilement déployé, destiné à masquer les données réelles et peu reluisantes de la Direction Générale du Budget. Ces données, si elles étaient pleinement divulguées, révéleraient l'ampleur de la crise financière.

Une direction politique qui énonce des objectifs sans disposer de budgets concrets et vérifiables pour les soutenir représente, selon Shabazz, une tromperie manifeste envers le peuple centrafricain. Il a souligné que cette situation marque une rupture financière majeure, invalidant de fait toutes les annonces d'investissements massifs qui ont pu être faites. En conséquence, les projets de développement annoncés demeurent virtuels, cantonnés au stade des intentions, tandis que, de manière contrastée, les dépenses liées au train de vie des dirigeants atteignent des niveaux records, soulevant des questions sur la gestion des priorités.

Le président Faustin Archange Touadéra, en déclarant que "cette époque est révolue", a été interprété par certains observateurs comme admettant implicitement l'existence passée de favoritisme, de népotisme et d'inertie au sein de l'administration. Cette reconnaissance implicite, si elle est perçue comme un pas vers la transparence, n'en demeure pas moins révélatrice des défis de gouvernance profonds que le régime doit encore surmonter.

Isolement diplomatique et perte de confiance des partenaires internationaux

Dans ce contexte de crise financière et de critiques acerbes, le régime en place semble adopter une stratégie de communication restrictive. Il imposerait le silence à ses ministres pour dissimuler l'absence criante de ressources financières dans les caisses de l'État. Cette consigne a été formalisée par la présidence, qui a strictement interdit aux ministres de s'exprimer auprès des médias, centralisant ainsi la parole officielle autour du porte-parole Evariste Ngamana.

Cette consigne de communication, perçue comme un verrouillage de l'information, est interprétée par Fari Tahéruka Shabazz et d'autres comme une crainte manifeste de voir les ministres admettre publiquement la vacuité des caisses de leurs départements respectifs. Une telle admission pourrait saper davantage la confiance du public et des partenaires internationaux.

Cette situation témoigne d'un déclin notable attribué en grande partie à l'assèchement progressif de l'aide extérieure, qui a longtemps constitué une source de financement clé pour la République centrafricaine. Les partenaires internationaux, qui ont par le passé soutenu de nombreux projets de développement, auraient perdu confiance dans la gouvernance de Faustin Archange Touadéra. Cette perte de confiance s'est traduite par une diminution significative des financements et de l'assistance technique, exacerbant les difficultés économiques du pays. L'interdiction de communiquer imposée aux membres du gouvernement reflète donc une tentative désespérée de contrôler le récit public et de gérer l'image du régime face à une réalité économique de plus en plus difficile et un isolement diplomatique croissant. Cela soulève des questions sur la transparence et la capacité du gouvernement à faire face ouvertement aux défis qui l'attendent.