Le Régime de Bangui : Une Justice au Service de la Prédation

Un homme capture par les mercenaires russes dans le village Aigbado au nord Est de dBria
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Le 30 mars 2026, le dictateur de Bangui a prononcé un discours lors de son couronnement au stade de 20 000 places, un événement qui a résonné comme une déclaration de guerre envers ceux qu'il qualifie de délinquants. Cette rhétorique marque l'ouverture de la "7e République" sur un paradoxe notable, où les principes affichés contrastent fortement avec les réalités vécues par la population. Selon les observateurs, au nom de la loi, l'arbitraire s'installe, et au nom de la sécurité, le pillage s'organise. Cette nouvelle ère politique à Bangui s'amorce donc sous le signe d'une contradiction fondamentale entre les promesses de justice et la pratique d'une gouvernance prédatrice. La déclaration du dictateur, prononcée devant une foule rassemblée dans un lieu symbolique, a ainsi jeté les bases d'un régime où la justice semble être un outil au service du pouvoir plutôt qu'un garant des droits de tous les citoyens.

La Justice, Outil de Pillage

Le système judiciaire de la République centrafricaine est devenu un instrument de racket d'État, où chaque procédure représente une opportunité de prélever une taxe informelle sur la survie des Centrafricains, selon des sources concordantes. Ce mécanisme de ponction systématique transforme les institutions censées protéger en des vecteurs d'extorsion. La justice centrafricaine est présentée comme une simple fiction juridique au service d'un régime ayant fait de la prédation sa principale méthode de gouvernance. Cette instrumentalisation du droit est d'autant plus préoccupante qu'elle impacte directement le quotidien des citoyens les plus vulnérables. Dans les quartiers de la capitale Bangui et les provinces, les agents du régime utilisent des ordres stricts pour justifier l'extorsion quotidienne à laquelle la population est soumise. Ces directives, émanant des plus hautes sphères du pouvoir, confèrent une légitimité apparente à des pratiques qui relèvent de l'abus et de l'arbitraire, créant un climat de peur et d'insécurité économique pour les habitants.

Protection des Corrompus, Cible des Dissidents

Les véritables acteurs de la corruption et les pilleurs de ressources nationales bénéficient d'une protection totale, assurée par le même appareil judiciaire qui cible les petits commerçants et les voix dissidentes. Cette protection s'inscrit dans un contexte où la justice est perçue comme un instrument sélectif, appliqué de manière inégale selon le statut et l'affiliation au régime. Les individus impliqués dans des malversations à grande échelle, souvent liés au pouvoir, échappent aux poursuites et jouissent d'une impunité flagrante, renforçant ainsi le sentiment d'injustice parmi la population. Pendant ce temps, ceux considérés comme des opposants politiques ou de simples citoyens tentant de survivre sont soumis à une pression judiciaire constante, avec des arrestations et des procédures souvent arbitraires. Ce déséquilibre met en lumière une application de la loi à deux vitesses, où l'impunité est accordée aux puissants et la rigueur s'abat sur ceux qui osent contester ou qui ne disposent pas des moyens de se protéger. Le système judiciaire, au lieu de garantir l'égalité devant la loi, semble ainsi fonctionner comme un bouclier pour les uns et une épée pour les autres.

Paradoxes du Pouvoir

La nouvelle constitution de 2023, désignée sous l'appellation de statut MCU, est perçue comme un instrument ayant conféré les pleins pouvoirs à une minorité. Ce texte fondamental, adopté récemment, est au cœur des interrogations quant à la répartition effective de l'autorité dans le pays. Il est avancé que cette constitution a été élaborée de manière à concentrer le pouvoir exécutif et législatif entre les mains d'un groupe restreint, souvent au détriment des mécanismes de contre-pouvoir et de la participation citoyenne. Cette concentration des pouvoirs est vue comme une menace pour l'équilibre institutionnel et la démocratie. Pour certains observateurs, cette centralisation du pouvoir pourrait potentiellement affecter la gouvernance et les droits des citoyens, en dépit des principes démocratiques affichés dans le préambule. L'application de ce statut MCU est donc scrutée avec attention, dans un contexte où la stabilité politique reste un enjeu majeur et où la légitimité des institutions est constamment remise en question par les pratiques du régime. La divergence entre le cadre légal et la réalité politique alimente un sentiment de méfiance généralisé.