La République Centrafricaine : une machine à corruption généralisée selon Barthélémy Souroungba

Dr Guy Eugene Demba, President of the High Authority for Good Governance
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Barthélémy Souroungba, président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance, a dressé un tableau alarmant de la corruption en République Centrafricaine dans un article publié le 7 mai 2026. Selon M. Souroungba, la corruption gangrène l'ensemble du système, une situation dont les autorités sont pleinement conscientes, les dossiers étant transmis jusqu'au président de la République, au chef du gouvernement et au président de l'Assemblée nationale. « Quand un responsable d’une institution d’État reconnaît ouvertement que la corruption gangrène tout le système, on ne peut pas rester silencieux », a-t-il déclaré, soulignant que cet aveu d'impuissance de l'intérieur exige une analyse approfondie.

Il a fustigé l'impunité généralisée, notant qu'après huit années, aucun verdict de condamnation n'a été prononcé, ce qui témoigne d'un « blocage politique délibéré ». Pour Barthélémy Souroungba, une lutte sans sanction n'est que du "théâtre", dénonçant l'archivage de l'impunité alors que les Centrafricains constatent la dégradation des services publics. Il a conclu que cette situation envoie un message destructeur d'un État qui sait mais n'agit pas, engendrant la défiance généralisée envers les institutions. L'article de M. Souroungba, publié le 7 mai 2026, met en lumière la gravité de la situation et la nécessité d'une réponse urgente et coordonnée pour restaurer la confiance publique et l'intégrité des institutions.

Constat d'une impunité systémique

Barthélémy Souroungba a affirmé que la corruption gangrène l'administration publique, la justice, le secteur militaire, les finances et l'éducation en République Centrafricaine. Il a souligné que, depuis 2017, aucun procès découlant des rapports sur la corruption n'a abouti à une condamnation définitive. Pour M. Souroungba, cette absence de sanctions après huit années constitue un « blocage politique délibéré ». Ce blocage, selon lui, est d'autant plus préoccupant qu'il perdure malgré les preuves accumulées et les signalements réguliers effectués par la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance. L'incapacité du système judiciaire à juger et condamner les auteurs de ces actes, même les plus flagrants, crée un sentiment d'impunité qui encourage la poursuite des malversations.

Il a par ailleurs qualifié de « théâtre » et d'« archivage de l'impunité » toute lutte contre la corruption qui ne produit aucune sanction. Selon Barthélémy Souroungba, lorsque les personnes au pouvoir échappent systématiquement aux sanctions, elles établissent une norme d'impunité. Cette normalisation de l'impunité envoie un signal clair : la corruption est tolérée, voire acceptée, tant qu'elle est pratiquée par des acteurs influents. Une telle situation érode non seulement la crédibilité des institutions chargées de la bonne gouvernance, mais également la confiance des citoyens dans l'État de droit. La persistance de cette impunité systémique est un obstacle majeur à tout effort visant à assainir l'environnement socio-économique du pays.

Les marchés publics, un foyer de corruption

Les marchés publics sont désignés comme une source majeure de corruption en République Centrafricaine, selon Barthélémy Souroungba. Il a évoqué l'existence de commissions occultes et de procédures d'attribution opaques qui caractérisent ce secteur. D'après M. Souroungba, ces pratiques conduisent régulièrement à des travaux mal exécutés, voire à des projets laissés inachevés, malgré les fonds alloués. Ce constat met en lumière les défaillances systémiques qui minent l'efficacité des investissements publics dans le pays. La situation des marchés publics contribue ainsi à la perception d'une corruption généralisée, affectant directement la qualité des infrastructures et des services destinés à la population. Les conséquences de ces pratiques sont multiples et profondes : gaspillage des ressources publiques, infrastructures dégradées ou inexistantes, et un impact négatif sur le développement économique et social du pays. Les citoyens sont les premières victimes de ces détournements, car ils ne bénéficient pas des services et des infrastructures pour lesquels des fonds ont été alloués.

Les limites de l'action de l'autorité

La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance transmet régulièrement ses rapports dénonçant la corruption aux plus hautes instances de l'État, notamment au président de la République, au chef du gouvernement et au président de l'Assemblée nationale. Cette communication constante vise à informer les dirigeants des cas de malversations identifiés, soulignant la connaissance des autorités sur l'étendue du problème. Malgré ces transmissions régulières de dossiers détaillés, l'absence de réaction concrète de la part des plus hautes sphères du pouvoir est un facteur aggravant de la crise de confiance.

Barthélémy Souroungba, président de la Haute Autorité, a reconnu que son institution faisait face à des défis logistiques, citant le manque de véhicules, de budget et de personnel. Ces contraintes matérielles limitent la capacité de la Haute Autorité à mener des enquêtes approfondies et à couvrir l'ensemble du territoire. Cependant, il a affirmé que le problème fondamental résidait dans l'absence de suites judiciaires données aux dossiers transmis. Cette carence dans le suivi des procédures pénales est, selon lui, le cœur de la difficulté à lutter efficacement contre la corruption en République Centrafricaine. Le manque de ressources, bien que réel, est secondaire par rapport à l'inertie du système judiciaire, qui ne parvient pas à transformer les rapports de la Haute Autorité en condamnations effectives.

Les conséquences d'une corruption non sanctionnée

Barthélémy Souroungba met en garde contre les effets d'une reconnaissance publique de la corruption sans que des conséquences n'en découlent. Une telle situation, selon lui, conduit à une méfiance généralisée au sein de la population. Il a expliqué que le découragement s'installe lorsque les citoyens constatent que les actes de corruption restent impunis. Le président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance a également affirmé que l'absence de sanctions normalise le comportement corrompu, ce qui incite d'autres acteurs à s'engager dans des pratiques illicites, sapant ainsi l'intégrité des institutions. Cette dynamique, a-t-il précisé, est particulièrement destructrice pour la confiance du public envers l'État et ses services. La normalisation de la corruption crée un cercle vicieux où l'impunité engendre davantage de corruption, compromettant les fondations mêmes de la gouvernance et de la stabilité du pays. Les conséquences à long terme incluent une érosion de la légitimité de l'État, une fuite des capitaux, et une entrave au développement économique et social.

Propositions pour inverser la tendance

Pour inverser cette tendance généralisée, Barthélémy Souroungba a insisté sur la nécessité d'actions concrètes. Celles-ci incluent la mise en œuvre de procédures judiciaires efficaces, aboutissant à des condamnations publiques et à la saisie des biens acquis de manière illicite. Il a également jugé impératif que les hauts fonctionnaires corrompus soient jugés et sanctionnés, car leur impunité est perçue comme un signe que le système protège les puissants. Ces mesures, selon M. Souroungba, sont indispensables pour restaurer la confiance et freiner la corruption systémique qui gangrène la République Centrafricaine. Sans ces actions, la lutte demeurera inefficace et l'impunité perdurera. L'engagement politique au plus haut niveau est clé pour garantir que ces propositions ne restent pas lettre morte et qu'elles se traduisent par des réformes structurelles et des actions judiciaires fermes.