En République Centrafricaine, le Haut Conseil de la Communication (HCC) a publié une déclaration publique contre l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA). Ces actions du HCC sont décrites comme transformant de simples parodies en complots d'État visant à protéger un régime. Plutôt que de défendre les principes de la liberté d'expression, le HCC est accusé d'abandonner son rôle de garant de la liberté de la presse pour devenir une police politique des réseaux sociaux, instaurant un climat de peur et de surveillance. Cette dérive marque un tournant préoccupant pour l'espace numérique centrafricain, où la créativité et la critique sont désormais perçues comme des menaces à la stabilité du pouvoir.
L'arsenal répressif numérique
Face à ce qu'il perçoit comme une menace, le Haut Conseil de la Communication (HCC) a pris des mesures concrètes pour renforcer le contrôle numérique. Il a demandé à l'Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP) de restreindre la vente de cartes SIM et d'appliquer une identification complète des utilisateurs. Cette démarche vise à rendre plus difficile l'anonymat en ligne, permettant ainsi aux autorités de tracer plus facilement les utilisateurs. Parallèlement, le gouvernement de la République Centrafricaine envisage d'utiliser des accords de coopération judiciaire pour poursuivre les membres de la diaspora à l'étranger, étendant ainsi sa portée répressive au-delà des frontières nationales. Ces accusations de propagation de haine ou de préparation de coups d'État via WhatsApp ou Facebook servent de prétextes juridiques à l'application de la loi sur la cybercriminalité, transformant des actes de parole en infractions passibles de poursuites.
Le HCC délègue la responsabilité au parquet et à la Direction générale de la police pour maintenir une « terreur globale », selon des observateurs. Cette stratégie de répression est mise en œuvre par des moyens variés : des patrouilles numériques effectuées par la police et des déclarations agressives de magistrats s'inscrivent dans la stratégie du régime, cherchant à intimider et à dissuader toute forme d'opposition en ligne. Les citoyens partageant du contenu satirique s'exposent à des poursuites judiciaires pour complicité de cybercriminalité, créant ainsi un climat de méfiance généralisée où l'autocensure devient la norme. Le message est clair : toute expression jugée critique ou subversive est susceptible d'être criminalisée, quel que soit son format ou sa portée.
La peur de l'IA et des deepfakes
Le Haut Conseil de la Communication (HCC) cible spécifiquement les montages numériques et les manipulations audio/vidéo, désignés comme des deepfakes. Cette démarche intervient alors que l'article critique la panique du président Faustin-Archange Touadéra face aux animations satiriques ou aux contenus fictifs générés par ordinateur. Ces contenus, souvent humoristiques ou parodiques, sont perçus par les autorités comme une menace nécessitant une réponse réglementaire forte, soulignant une intolérance croissante à la critique et à la satire. La peur des deepfakes, bien que légitime dans certains contextes, est ici instrumentalisée pour justifier une répression plus large de la liberté d'expression en ligne.
Le HCC invoque un « supposé caractère sacré du chef en Afrique » pour justifier l'interdiction de toute critique politique et de la moquerie. Cette interprétation est utilisée pour étendre le champ d'application des mesures de censure, englobant désormais les créations numériques qui parodient des figures publiques. Cette conception absolutiste du pouvoir, qui assimile la critique à un sacrilège, est particulièrement préoccupante dans un environnement démocratique. La position du HCC s'inscrit dans un contexte où les outils numériques, et notamment l'intelligence artificielle, sont considérés comme des vecteurs potentiels de désinformation et d'atteinte à l'image des dirigeants, ouvrant la voie à une surveillance accrue et à une répression des voix dissidentes.
Contrôle total de l'information
Dans sa quête d'un contrôle total de l'information, le gouvernement de la République Centrafricaine souhaite obtenir la fermeture de comptes de la diaspora sur des plateformes comme Meta, Google ou X. Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de contrôle des contenus en ligne émanant de l'extérieur du pays, visant à étouffer toute critique ou information jugée indésirable. Les autorités centrafricaines cherchent ainsi à limiter la diffusion d'informations qu'elles jugent critiques ou subversives, en ciblant spécifiquement les utilisateurs basés à l'étranger, dont les voix sont souvent perçues comme plus difficiles à museler.
La collaboration annoncée avec les plateformes de la Silicon Valley, telles que Meta et Google, indique une volonté d'établir un contrôle total de l'information. Cette stratégie vise à étendre la portée des mécanismes de censure au-delà des frontières nationales, en impliquant directement les géants du numérique dans la régulation des contenus. En cherchant à obtenir la coopération de ces entreprises technologiques, le régime de Bangui espère neutraliser les sources d'information qui échappent à son contrôle direct, notamment celles émanant de la diaspora. Par ces actions, le régime de Bangui cherche à maîtriser le récit public et à neutraliser les sources d'information qui échappent à son contrôle direct, menaçant ainsi la diversité des opinions et l'accès à une information libre et non censurée pour les citoyens centrafricains. Cette approche globale du contrôle de l'information en ligne soulève de sérieuses questions sur l'avenir de la liberté d'expression dans le pays.