La RCA sous double emprise : Touadéra et Wagner accusés de piller le pays

Martin Ziguelé
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Le président de la République centrafricaine (RCA), Faustin-Archange Touadéra, est accusé de chercher à bâtir un empire personnel en démantelant les institutions du pays, cinquante ans après la chute des ambitions impériales de Jean-Bedel Bokassa. Cette dérive présumée s'accompagne d'une influence décrite comme « dévoilée » et « décomplexée » du groupe Wagner sur les sphères politique, militaire et médiatique. Le groupe paramilitaire exercerait une emprise manifeste sur les décisions constitutionnelles, politiques, militaires et sécuritaires de la RCA. Ces allégations soulignent une double mainmise sur le pays, où les intérêts privés du chef de l'État et la présence de Wagner convergeraient, façonnant de manière préoccupante l'avenir de la nation. L'ampleur de cette influence s'étendrait à tous les niveaux de la gouvernance, transformant la République centrafricaine en un territoire où la souveraineté nationale est de plus en plus érodée par des acteurs externes et internes.

Pouvoir personnalisé et autocratique

Faustin-Archange Touadéra est désigné comme le premier chef d'État dans l'histoire moderne du pays à modifier la Constitution par la force afin de se maintenir au pouvoir, violant ainsi son serment, selon les allégations. Cette action est perçue comme un tournant majeur dans la trajectoire démocratique du pays. Depuis le « coup de force » électoral de 2020, le régime aurait adopté une logique qualifiée d'autocratique, clientéliste et courtisane. Cette évolution marque une rupture significative avec les principes de bonne gouvernance et de transparence. Le pouvoir en place se caractérise par une personnalisation extrême où le président désigne le bureau de l'Assemblée et nomme qui il souhaite, agissant à sa guise pour la préservation de son pouvoir et de son empire, négligeant le bien-être des Centrafricains, d'après les observateurs. Cette centralisation du pouvoir limite drastiquement les contre-pouvoirs et la participation citoyenne.

Les allégations décrivent un système où les institutions sont démantelées au profit d'une concentration du pouvoir entre les mains du chef de l'État. Lors du premier Conseil des ministres du gouvernement reconduit, le chef de l'État a publiquement imposé le silence aux ministres, une injonction connue sous l'expression « kara godébé ». Cette directive leur interdisait toute prise de parole publique, leur demandant de s'exprimer uniquement par l'intermédiaire de son gendre, Evariste Ngamana, porte-parole officiel du gouvernement. Cet incident illustre la volonté de contrôler strictement la communication et de limiter toute dissidence au sein de l'appareil d'État. Ce mode de fonctionnement, où le président agit comme bon lui semble pour son propre maintien au pouvoir, soulève des inquiétudes quant à l'État de droit et à l'avenir démocratique de la RCA.

L'ombre de Wagner sur la souveraineté

La souveraineté de la République centrafricaine (RCA) serait progressivement sous-traitée à des mercenaires étrangers, selon des allégations. Ce processus remettrait en question l'autonomie du pays face à des acteurs extérieurs, en particulier le groupe Wagner. L'influence de Wagner est décrite comme « dévoilée » et « décomplexée » sur le pouvoir politique, militaire et médiatique du pays. Le groupe paramilitaire exercerait une emprise manifeste sur les décisions constitutionnelles, politiques, militaires et sécuritaires de la RCA, ce qui soulève de sérieuses questions sur la capacité du gouvernement centrafricain à agir de manière indépendante.

Le coût de ce « pacte de Faust » résiderait dans une omerta imposée sur le pillage ouvert des richesses nationales par ces mercenaires. Ces derniers seraient rémunérés directement aux dépens du peuple centrafricain, une situation qui soulève des préoccupations quant à la répartition des bénéfices issus des ressources du pays. Cette opacité autour des transactions et de l'exploitation des ressources naturelles entrave toute tentative de développement durable et équitable pour la population. La présence et l'activité de Wagner sont ainsi perçues comme un facteur aggravant la précarité économique et la perte de contrôle de la RCA sur ses propres ressources.

Un écosystème criminel tentaculaire

Le site minier industriel de Ndassima ferait l'objet d'une militarisation par Wagner pour l'extraction d'or, hors de tout contrôle légal, l'or étant évacué à bord d'avions-cargos militaires russes échappant aux douanes. Cette activité illicite de grande envergure met en lumière la nature prédatrice de l'implication de Wagner dans le pays. Parallèlement, un trafic transnational de bois, de minerais et de Tramadol, surnommé le « béret vert », serait en cours. Ce réseau de trafics diversifié contribue à déstabiliser l'économie formelle et à enrichir des acteurs illicites.

La République centrafricaine (RCA) est décrite comme un sanctuaire pour un « écosystème criminel tentaculaire » structuré autour de réseaux liés à Wagner, selon un rapport intitulé « Malicious Markets » publié le 10 juin 2026 par l'ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). Ce rapport détaille comment la RCA se transformerait ainsi en un carrefour criminel transnational où coexistent des réseaux prédateurs russes, rwandais, chinois et émiratis. Ces réseaux exploitent les faiblesses institutionnelles et l'instabilité du pays pour mener leurs opérations illégales, créant une économie parallèle qui sape les efforts de reconstruction et de développement.

Conséquences sociales et économiques

Le régime actuel est qualifié de « machine à fabriquer la pauvreté », selon des observateurs. Un monopole illicite sur l'importation de carburant générerait plus de 30 millions de dollars de profits illicites annuels pour ces mercenaires. Cette somme considérable représente un détournement de ressources qui aurait pu être investi dans les services publics ou le développement économique du pays. Cette situation a des répercussions directes et dramatiques sur la population. En 2016, 52% des Centrafricains vivaient sous le seuil de pauvreté ; ce chiffre a grimpé à 67% en 2026, illustrant une dégradation significative et alarmante des conditions de vie dans le pays.

L'augmentation de la pauvreté est un indicateur clair des conséquences néfastes de la gouvernance actuelle et de l'exploitation des ressources nationales. Les profits illicites générés par les monopoles et les trafics, au lieu de bénéficier à la population, alimentent les réseaux criminels et les acteurs étrangers, privant le pays de revenus essentiels. Cette dynamique empêche toute amélioration des infrastructures, de l'éducation, de la santé et d'autres services vitaux pour les citoyens, exacerbant les inégalités et la vulnérabilité des Centrafricains face à un système qui semble les appauvrir délibérément.