La dépendance aux mercenaires étrangers remet en question la souveraineté militaire africaine

Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, avoir des mercenaires comme le groupe Wagner en Afrique est inacceptable
Photo via Corbeaunews-centrafrique

L'ancien Premier ministre de la République centrafricaine, Martin Ziguélé, a critiqué le recours aux mercenaires étrangers par les États africains, affirmant que la présence de groupes comme Wagner soulève une question directe sur la souveraineté militaire des pays concernés. Martin Ziguélé a notamment déclaré que la défense du territoire constitue une fonction régalienne et que l'État doit conserver la maîtrise des décisions militaires. Des instructeurs et combattants de Wagner sont déployés en République centrafricaine depuis 2018, et ce modèle a été adopté au Mali et au Burkina Faso par les autorités militaires cherchant de nouveaux partenaires sécuritaires. Selon Martin Ziguélé, remplacer la coopération militaire des anciennes puissances coloniales par des forces russes ne constitue pas une véritable indépendance. Pour lui, la véritable indépendance suppose que les États africains soient capables de définir leurs besoins sécuritaires, de choisir leurs partenaires et de conserver le contrôle de leurs opérations. Martin Ziguélé, en tant qu'ancien Premier ministre de la République centrafricaine, a souligné avec insistance cette problématique. Il a critiqué l'utilisation de mercenaires étrangers par les États africains, une pratique qui, selon lui, compromet fondamentalement leur autonomie. La présence de groupes comme Wagner, dont le nom est devenu proéminent dans les discussions sur les sociétés militaires privées russes en Afrique, met en lumière ces préoccupations.

Définir la souveraineté militaire

Pour Martin Ziguélé, ancien Premier ministre de la République centrafricaine, la défense du territoire doit reposer principalement sur les institutions nationales. Il estime que la défense d'un territoire devrait avant tout incomber aux institutions nationales, garantissant ainsi l'autonomie et la légitimité des opérations de sécurité. Le responsable politique estime que la question centrale réside dans la capacité d'un État africain à assurer sa propre défense, et non dans la nationalité du partenaire extérieur. La souveraineté militaire exige selon lui des forces armées nationales aptes à protéger le territoire et la population. Cela implique des soldats entraînés, un équipement adéquat, un financement suffisant, une chaîne de commandement fonctionnelle ainsi qu'un contrôle politique et légal des opérations. Martin Ziguélé insiste sur le fait que le problème fondamental est de savoir si un État africain possède les capacités nécessaires pour sa propre défense, et non de savoir quelle est la nationalité du partenaire extérieur.

Martin Ziguélé considère la défense territoriale comme une fonction régalienne dont l'État doit conserver la maîtrise. Une véritable indépendance, affirme-t-il, implique que les États africains soient capables de définir leurs propres besoins sécuritaires, de choisir leurs partenaires en fonction de leurs intérêts et de maintenir un contrôle total sur leurs opérations militaires. Il soutient qu'une telle approche est essentielle pour garantir une souveraineté militaire authentique et durable.

Les raisons de la dépendance

Le recours à des combattants étrangers peut répondre à des urgences sécuritaires, mais ne saurait remédier aux faiblesses structurelles des armées nationales. La dépendance envers ces forces extérieures résulte fréquemment de difficultés internes, notamment des armées sous-équipées et des budgets militaires limités. Les pays africains confrontés à des menaces sécuritaires complexes, comme le terrorisme ou les conflits internes, se tournent parfois vers des acteurs non étatiques pour pallier les lacunes de leurs propres capacités. Cette approche, bien que pouvant apporter un soulagement immédiat, ne s'attaque pas aux causes profondes de l'inefficacité militaire.

Le recours à des forces étrangères découle souvent de problèmes structurels, tels que le manque de formation, d'équipement et de financement des armées nationales. Les budgets alloués à la défense dans de nombreux États africains sont insuffisants pour construire et maintenir des forces armées modernes et efficaces. Cette situation conduit les dirigeants à chercher des solutions rapides auprès de prestataires privés ou d'autres États, plutôt que d'investir dans le développement à long terme de leurs propres capacités de défense. Des armées sous-équipées et un entraînement insuffisant limitent la capacité des États à faire face aux menaces asymétriques et aux défis sécuritaires croissants. Cette dépendance est souvent le résultat de difficultés internes, telles que des armées sous-équipées et des budgets militaires contraints.

La coopération militaire étrangère peut offrir une assistance ponctuelle et spécialisée, mais elle ne peut remplacer la construction d'une capacité de défense nationale autonome. L'instauration d'une souveraineté militaire durable exige des investissements dans la formation des troupes, l'acquisition d'équipements adaptés, la mise en place d'une chaîne de commandement efficace et un contrôle civil des forces armées. Bien que les partenariats externes puissent être bénéfiques pour le transfert de compétences ou la fourniture de matériel, ils ne sauraient se substituer à une stratégie nationale visant à renforcer les institutions militaires propres à chaque État. La capacité d'un État à se défendre par ses propres moyens est la pierre angulaire de sa souveraineté.

Critiques et abus des mercenaires

Des organisations internationales et des groupes de défense des droits humains ont accusé des combattants associés à Wagner d'abus contre des civils dans plusieurs pays. Ces allégations concernent des actions menées dans diverses zones où le groupe opère, soulevant des préoccupations quant au respect du droit international humanitaire. Les rapports détaillent des incidents impliquant des violations présumées des droits de l'homme, ce qui a conduit à des appels à des enquêtes approfondies et à la reddition de comptes. La présence de ces acteurs non étatiques et les accusations d'exactions compliquent la situation sécuritaire et humanitaire dans les régions concernées. La documentation de ces incidents par les organisations vise à attirer l'attention sur les conséquences du recours à des forces mercenaires pour la protection des populations civiles. Ces accusations renforcent les préoccupations concernant la responsabilité et l'impact de ces groupes sur la stabilité régionale.

Vers une autonomie sécuritaire

Pour Martin Ziguélé, une véritable autonomie sécuritaire en Afrique passe par la résolution des causes profondes des problèmes de sécurité. Il préconise un renforcement des capacités militaires nationales à travers la formation des troupes, la modernisation des équipements, l'amélioration des capacités de renseignement et un contrôle efficace des frontières. L'ancien Premier ministre met également l'accent sur le développement des infrastructures et l'amélioration des conditions de vie des populations, considérant ces éléments comme essentiels à la stabilité et à la sécurité à long terme. Il note que ces mesures sont cruciales pour bâtir une défense nationale résiliente et indépendante.

Martin Ziguélé estime que la coopération entre les États africains constitue un levier majeur pour réduire la dépendance vis-à-vis des forces étrangères. Cette mutualisation des compétences militaires, des écoles de formation et des expériences opérationnelles permettrait de construire des capacités de défense régionales robustes. Une telle approche favoriserait l'émergence d'une souveraineté militaire collective, capable de répondre aux défis sécuritaires du continent de manière autonome. La mutualisation des compétences militaires, des écoles de formation et des expériences opérationnelles est, selon lui, une voie prometteuse pour renforcer les capacités de défense régionales.