La critique acerbe de Martin Ziguélé face à la crise économique centrafricaine

Martin Ziguélé à Touadera : « Ayez pitié du peuple centrafricain »
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Soixante-sept pour cent de la population centrafricaine vit avec moins de 1000 francs CFA par jour. Ce chiffre, qui illustre une précarité profonde et généralisée, place une immense majorité de citoyens dans une situation de survie quotidienne. Ce constat intervient alors qu’une loi concernant la régulation économique a été votée le 15 septembre. Cette mesure législative, destinée à encadrer les activités économiques du pays, fait désormais l'objet d'un examen attentif de la part des acteurs politiques nationaux.

Martin Ziguélé, président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), ancien Premier ministre et ancien président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, a exprimé ses critiques sur la gestion de cette crise économique. Fort de son expérience à la tête du gouvernement et de son expertise acquise au sein de la Commission des Finances, il analyse les mécanismes actuels de la gouvernance économique avec une sévérité particulière. Pour lui, la trajectoire suivie par les autorités actuelles ne répond pas aux besoins urgents de la population.

Martin Ziguélé estime que « les Centrafricains n’arrivent plus à gérer leur vie sur le plan financier ». Cette affirmation note l'érosion du pouvoir d'achat et la difficulté croissante pour les ménages de subvenir à leurs besoins élémentaires dans un contexte de stagnation des ressources. Face à cette situation, il déclare : « Je pense qu’il faut avoir pitié de ce peuple. » Cette interpellation, qui se veut un appel à l'empathie et à la responsabilité, traduit un sentiment d'urgence face à la dégradation des conditions de vie. L'ancien Premier ministre affirme par ailleurs que « le gouvernement sait exactement ce qu’il veut faire, mais ce qu’il ne veut pas, c’est le faire. » Par cette déclaration, il pointe du doigt une forme d'inertie volontaire au sein de l'exécutif, suggérant que les leviers d'action existent, mais que la volonté politique fait défaut pour transformer ces outils en mesures concrètes et bénéfiques pour les citoyens.

Concernant les orientations économiques du pays, Martin Ziguélé conteste la dépendance aux institutions internationales. Selon lui, cette dépendance limite la souveraineté nationale et empêche la mise en œuvre de politiques adaptées aux réalités locales. « Si vous avez du respect pour le peuple centrafricain, si vous avez pitié de la souffrance du peuple centrafricain, vous n’avez pas besoin que la Banque mondiale ou le FMI ou qui que ce soit vienne vous dire ce que vous devez faire », ajoute-t-il. Pour le président du MLPC, le recours systématique aux recommandations de ces organisations internationales est le signe d'une démission des responsables nationaux qui devraient, selon lui, assumer pleinement leur rôle de décideurs.

Il conclut son analyse en adressant une mise en garde : « Un jour viendra au cours du peuple centrafricain et saura. » Cette phrase finale note la nécessité d'une prise de conscience citoyenne sur les enjeux économiques qui dictent leur quotidien, tout en laissant planer l'idée d'une reddition de comptes inévitable devant l'histoire et devant la nation.