Justice RCA : Cadeau forcé aux nouveaux employés, une pratique dénoncée comme corruption

En République Centrafricaine, un message circule depuis une semaine au sein du Ministère de la Justice, appelant les agents nouvellement intégrés à une contribution forcée. Ce message sollicite 2 000 francs CFA de chaque nouvel employé pour l’achat d’un cadeau destiné au ministre d'État, Arnaud Djoubaye Abazène. Cette pratique, qui s'apparente à une collecte obligatoire, est dénoncée par plusieurs sources au sein de l'administration comme une forme de corruption. La situation soulève de sérieuses interrogations quant à l'éthique des contributions financières demandées aux fonctionnaires, en particulier aux nouveaux venus au sein de l'institution, qui se retrouvent dans une position de vulnérabilité face à de telles exigences.

Détails de la collecte

La contribution exigée s'élève précisément à 2 000 francs CFA par agent, selon les informations recueillies. Les fonds sont destinés à l'achat d'un présent pour le ministre d'État, Arnaud Djoubaye Abazène. Cette somme est sollicitée de la part de chaque membre nouvellement intégré au sein du ministère, ce qui en fait une charge uniforme pour tous les agents concernés.

Les agents sont invités à verser cette somme via le service de paiement mobile Orange Money. Le numéro de téléphone désigné pour ces transactions est le 72834782, enregistré au nom de NONGO KETTE Prisca Nadia. Cette méthode de collecte a été clairement précisée dans le message diffusé aux nouveaux employés du Ministère de la Justice, indiquant une organisation structurée derrière cette demande de fonds. La transparence de la méthode de paiement contraste avec la nature controversée de la collecte elle-même.

Le passé du Ministre

Arnaud Djoubaye Abazène, actuellement ministre d'État, a précédemment dirigé le Ministère des Transports. Durant son mandat à la tête de ce ministère, l'article allègue que des taxes informelles, des réseaux de collecte et des circuits parallèles y auraient été mis en place. Ces circuits permettaient de collecter des fonds sans contrepartie de service public, selon les informations rapportées par l'article. Cette situation passée est mise en perspective alors que des pratiques similaires de collecte de fonds sont dénoncées au Ministère de la Justice, où un « cadeau forcé » est requis des nouveaux fonctionnaires. Cette allégation suggère un schéma de comportement récurrent ou une culture administrative persistante au sein de certaines sphères du gouvernement.

Pratiques généralisées à Bangui

L'article qualifie ouvertement cette pratique de corruption, la décrivant comme de l'argent extorqué à des individus dépendants par une personne exerçant un pouvoir sur leur avenir professionnel. Cette définition met en lumière la nature coercitive de la demande, où les nouveaux agents, désireux de s'intégrer et de sécuriser leur poste, pourraient se sentir contraints de se conformer. Selon l'article, des systèmes similaires existeraient au sein de nombreux départements ministériels à Bangui, où des individus paient pour leur recrutement, leur affectation, leur promotion ou pour échapper à des transferts indésirables. Cela brosse un tableau d'une corruption systémique affectant diverses facettes de l'administration publique centrafricaine.

Ces pratiques conduisent, d'après les observations rapportées, à ce que les fonctionnaires ayant "acheté" leurs postes ne se considèrent plus comme des agents de l'État au service des citoyens, mais plutôt comme des investisseurs cherchant à tirer profit de leurs fonctions. Cette dérive a des implications profondes pour la gouvernance et la qualité des services publics, car elle altère la perception du rôle du fonctionnaire et peut compromettre l'intégrité de l'administration. La prolifération de tels schémas menace de saper la confiance du public dans les institutions de l'État et d'entraver le développement d'une fonction publique éthique et efficace.