Exode des jeunes vers Bangui : un défi pour les provinces centrafricaines

La voie dégagée au niveau du marché Pétévo, dans le 6ᵉ arrondissement de Bangui.
Photo: RNL/Hugues Florentin Namkoïssé via Radiondekeluka

De jeunes Centrafricains quittent de plus en plus les villes de province pour s'installer à Bangui, confrontant la capitale à un afflux constant de nouveaux arrivants en quête d'opportunités. Ce mouvement de population, qui s'intensifie, voit la jeunesse provinciale chercher un avenir meilleur dans le centre urbain. Parmi ces migrants, Séraphin Tologbaze a quitté Kaga-Bandoro durant les crises sécuritaires qui ont frappé la région. « Je suis venu à Bangui lors des crises sécuritaires qui ont secoué le pays », a déclaré M. Tologbaze, décrivant les motivations de son départ. Il a ajouté : « Je pensais rester quelques temps ici pour me reposer et chercher du travail. Mais ici à Bangui, c’est difficile de trouver du travail. Même si je connais quelques métiers qui me permettent de survivre, c’est pas du tout facile. » Son témoignage met en lumière les difficultés d'intégration économique, même pour ceux qui possèdent des compétences.

Témoignages de migrants

L'avenir demeure incertain dans leurs régions d'origine, poussant de nombreux jeunes à migrer vers la capitale. Cette perception d'un manque de perspectives dans les provinces renforce l'attrait de Bangui, où les opportunités, bien que difficiles à saisir, sont perçues comme plus nombreuses. Rock Ngaya, par exemple, a quitté sa ville natale pour Bangui afin de se former et d'acquérir de nouvelles compétences. Il a appris la mécanique automobile et la soudure au Centre Don Bosco, démontrant une volonté d'acquérir une qualification professionnelle. Malgré cette formation, les débouchés professionnels se sont révélés limités une fois sur le marché du travail banguissois. « Je suis venu à Bangui pour apprendre un métier. Je me suis formé au Centre Don Bosco où j’ai appris la mécanique automobile. J’ai également appris la soudure. Mais vu qu’il n’y a pas de débouchés, je suis devenu conducteur de mototaxi afin de joindre les deux bouts », a déclaré Rock Ngaya. Il a été contraint de devenir conducteur de mototaxi pour subvenir à ses besoins, une situation qui illustre les difficultés rencontrées par les jeunes qualifiés dans la capitale et la précarité de l'emploi même après une formation.

Impacts démographiques ruraux

Le départ des jeunes modifie l'équilibre sociodémographique de certains villages centrafricains de manière significative. Sur le plan démographique, plusieurs localités rurales connaissent un vieillissement progressif de leur population, les jeunes générations étant moins présentes. Ce phénomène peut également impacter la transmission culturelle au sein de ces communautés, car les jeunes qui devraient assurer la succession dans les traditions et les savoir-faire se raréfient. La vitalité des villages s'en trouve ainsi menacée, avec des conséquences à long terme sur leur développement social et économique.

Contexte et chiffres des déplacements

Les données de l'Organisation internationale pour la migration (OIM) pour 2026 font état d'au moins 428 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays en Centrafrique. Ces chiffres soulignent l'ampleur des mouvements de population et la fragilité des conditions de vie dans certaines régions. Une majorité de ces personnes, soit 87%, sont hébergées par des familles d'accueil, ce qui témoigne de la solidarité communautaire mais aussi de la pression exercée sur les ressources des ménages hôtes, selon les chiffres de l'OIM. Les 13% restants vivent dans des sites ou des lieux de rassemblement, illustrant la diversité des situations d'accueil pour les populations déplacées et les défis logistiques et humanitaires associés.

Analyse d'un expert

Les jeunes privilégient un départ vers la capitale, où les opportunités d'intégration sont perçues comme plus nombreuses, même si la réalité est souvent plus complexe. Cet exode entraîne une diminution de la présence des jeunes qui devraient assurer la succession dans les provinces, créant un déséquilibre démographique et social. Ghislain Ludovic Ndemahiry, anthropologue et conseiller culturel, observe cette tendance avec inquiétude. Selon lui, le départ des jeunes constitue un défi majeur pour la pérennité des structures sociales et économiques des régions d'origine, qui voient leur force vive se déplacer. Il note l'impact potentiel sur la transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques, une perte qui pourrait avoir des répercussions durables sur le patrimoine culturel et le développement local. La migration de cette tranche d'âge dynamique prive les provinces de leur potentiel de croissance et d'innovation.