La gestion financière de la République Centrafricaine (RCA) pour l'année 2025 s'annonce sous tension, marquée par des déséquilibres importants révélés par l'exécution budgétaire. À Bangui, les dépenses du Trésor public ont atteint un niveau sans précédent dans le cadre de la programmation initiale, un indicateur préoccupant pour la stabilité macroéconomique du pays. Cette situation note des défis structurels profonds dans la maîtrise des dépenses publiques et la planification financière.
L'exécution budgétaire globale a affiché un taux alarmant de 294%, ce qui, selon les analyses des experts financiers, indique un dérapage total dans la gestion des liquidités de l'État. Ce chiffre met en lumière des défis majeurs pour les autorités financières du pays, signalant une incapacité à respecter les prévisions initiales et à contenir les flux de trésorerie. Une telle divergence entre les prévisions et la réalité de l'exécution budgétaire peut avoir des répercussions significatives sur la confiance des partenaires, la capacité d'investissement et la stabilité économique générale. Parallèlement à ce dérapage généralisé des dépenses, une ligne budgétaire spécifique, celle des « prêts projets », présente un taux d'exécution de 0,00%, signalant l'absence totale de déblocage de fonds pour ces initiatives pourtant cruciales pour le développement.
Dépenses publiques hors de contrôle
Les chiffres détaillés des dépenses publiques révèlent une expansion considérable et non maîtrisée. L'État a déboursé un montant colossal de 184,78 milliards de francs CFA, alors que le budget initial n'avait prévu que 62,81 milliards de francs CFA. Cette différence de plus de 120 milliards de francs CFA illustre l'ampleur du dépassement budgétaire, soulignant une gestion des ressources qui s'est éloignée de toute prévision.
La masse salariale dépasse également les capacités fixées par la loi de finances, un indicateur classique de pression sur les finances publiques. 116,83 milliards de francs CFA ont été dépensés pour la masse salariale, contre 109,26 milliards de francs CFA initialement prévus. Cette augmentation de 7 milliards de francs CFA est directement liée aux nouvelles embauches dans la fonction publique, survenues sans ajustement correspondant des ressources. Ce déséquilibre entre les engagements de dépenses et les capacités de financement compromet la viabilité budgétaire à long terme. La situation a été aggravée par des « retraits spéciaux » d'un montant de 95,68 milliards de francs CFA, effectués auprès de banques privées. Ces opérations financières exceptionnelles, souvent utilisées pour pallier des insuffisances de trésorerie immédiates, ajoutent à l'opacité et à l'irrégularité de la gestion budgétaire. Elles témoignent d'une dépendance accrue aux mécanismes de financement non conventionnels pour couvrir les dépenses courantes.
Investissements publics paralysés
Alors que les dépenses courantes s'envolent, les investissements publics restent à l'arrêt, signalant une paralysie dans ce secteur clé pour le développement économique et social du pays. Cette stagnation des investissements entrave la croissance future et la création d'infrastructures essentielles. Les dépenses provenant de ressources extérieures, qui sont souvent destinées à financer des projets d'investissement, affichent un taux de stagnation de 64%, ce qui indique un déblocage partiel des fonds alloués par les partenaires internationaux. Ce chiffre met en évidence des difficultés persistantes dans l'acheminement et l'utilisation des financements externes destinés aux projets de développement.
La situation est encore plus critique pour la ligne budgétaire de 7,5 milliards de francs CFA dédiée aux prêts projets. Sur l'ensemble de l'année, pas un seul franc CFA n'a été mobilisé. Cette absence totale de décaissement note une inactivité complète concernant les initiatives censées être financées par ces prêts spécifiques. La situation suggère une incapacité manifeste à lancer ou à soutenir les projets prévus via ce mécanisme de financement, ce qui retarde la mise en œuvre de programmes essentiels et peut entraîner la perte de financements déjà alloués. Ce blocage des investissements contraste fortement avec l'explosion des dépenses courantes, créant un déséquilibre qui pèse lourdement sur les perspectives de développement de la RCA.
Anomalies financières persistantes
Une anomalie administrative persiste concernant les charges financières en Centrafrique, ajoutant une couche supplémentaire de complexité à la gestion budgétaire. Une enveloppe de 22,02 milliards de francs CFA avait été allouée pour ces charges. Cependant, son exécution est rapportée comme nulle, selon les données d'exécution budgétaire. La raison invoquée pour cette exécution nulle des charges financières est une « absence d'information » nécessaire à la régularisation des opérations. Cette situation indique des difficultés profondes dans le suivi et la validation des dépenses prévues pour cette catégorie budgétaire, soulevant des questions sur la transparence et la fiabilité des processus comptables et administratifs. Une telle lacune dans le suivi des charges financières peut masquer des problèmes plus larges de gouvernance et de contrôle interne.
Bilan de la gestion budgétaire
L'exécution du budget 2025 en République Centrafricaine révèle une gestion financière à deux vitesses, selon les informations disponibles. Cette dualité se manifeste par des dérapages significatifs et incontrôlés dans certaines catégories de dépenses, notamment la masse salariale et les dépenses générales du Trésor, contrastant avec d'autres postes budgétaires où l'exécution est quasi-nulle, signalant des blocages importants et une incapacité à mettre en œuvre les projets d'investissement et à gérer les charges financières. Cette situation soulève des inquiétudes majeures quant à la capacité de l'État à assurer une gestion saine et efficace de ses finances publiques, essentielle pour la stabilité et le développement du pays. Les autorités financières sont désormais confrontées à la tâche ardue de redresser cette trajectoire budgétaire pour éviter des conséquences économiques et sociales plus graves.