Djido Ali, chef d'état-major du MPC, limogé suite à une plainte auprès de Wagner

Le chef d'état-major du Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), Djido Ali, a été limogé de ses fonctions suite à une plainte initialement adressée aux mercenaires de Wagner, ce qui a provoqué une vive réaction des autorités tchadiennes. Ce renvoi est survenu le 1er mai 2026 à Ndjamena, la capitale du Tchad, et a été officialisé par un communiqué signé par Mahamat Alkhatim, le chef du MPC. Alkhatim Mahamat avait lui-même désigné Djido Ali, un rebelle d'origine soudanaise, pour diriger l'état-major de son mouvement, une décision qui s'inscrivait dans une logique de renforcement des capacités militaires du groupe. La plainte, après avoir été reçue par Wagner, a ensuite été transmise aux autorités militaires tchadiennes. Ces dernières ont vivement reproché à Alkhatim Mahamat de s'être plaint auprès de mercenaires russes contre les forces tchadiennes, un acte perçu comme une grave atteinte à la souveraineté et aux relations bilatérales, marquant ainsi une escalade significative dans les tensions entre les acteurs impliqués.

Contexte de la discorde et des alliances complexes

Le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC) a été fondé aux alentours de 2013-2014 par Alkhatim Mahamat, un leader d'origine tchadienne. Ce mouvement fait partie de la plus large Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), une alliance de groupes armés qui n'est pas parvenue à prendre Bangui, la capitale de la République Centrafricaine (RCA), en 2021. Suite à cet échec militaire retentissant, des décisions stratégiques ont été prises à Luanda, la capitale de l'Angola, dans le but de réorganiser la coalition et de redéfinir ses objectifs. La Communauté de Sant’Egidio, une organisation catholique italienne reconnue pour ses efforts de médiation internationale, s'est impliquée activement dans le processus de paix en janvier 2025. Cette médiation a conduit à la signature d'un accord de paix entre le MPC et le gouvernement centrafricain, un pas important vers la stabilisation de la région, bien que la pleine application de cet accord reste un défi.

Sur le terrain, certains combattants du MPC sont connus pour leur implication dans l'exploitation illégale de l'or et des diamants dans les zones minières riches de la préfecture d'Ouham, une activité qui finance en partie leurs opérations. Une partie des combattants du MPC a également été absorbée par Africa Corps, une entité décrite comme des auxiliaires centrafricains travaillant pour le compte des forces russes présentes dans le pays. Djido Ali, de son côté, était arrivé au sein du MPC avec ses propres combattants, qui lui étaient personnellement fidèles, formant ainsi une faction distincte au sein du mouvement. Parallèlement, des patrouilles mixtes, composées de forces tchadiennes et de la République Centrafricaine (RCA), opéraient dans la région de Markounda, visant à assurer la sécurité et à lutter contre les groupes armés.

L'incident déclencheur et ses répercussions immédiates

Un incident clé s'est produit près de Markounda, une zone frontalière sensible. Des soldats tchadiens, lors d'une patrouille, ont surpris des ex-combattants du MPC en train de commettre des exactions et des violences sur des civils innocents. Face à cette situation intolérable, les forces tchadiennes sont intervenues et ont procédé au désarmement de ces individus pour mettre fin à leurs agissements. Suite à ce désarmement, Djido Ali s'est rapidement rendu à Bossangoa pour se plaindre de cette action auprès des mercenaires de Wagner, cherchant leur soutien et leur intervention.

C'est cette démarche qui a mis le feu aux poudres. La plainte de Djido Ali a été relayée par Wagner et est remontée jusqu'aux plus hautes autorités militaires tchadiennes. Ces dernières ont immédiatement convoqué Alkhatim Mahamat, le chef du MPC, pour s'expliquer. Les autorités tchadiennes ont clairement reproché à Alkhatim Mahamat que son chef d'état-major se soit plaint auprès de mercenaires russes, des acteurs non étatiques, contre des forces tchadiennes légitimes. Elles ont souligné que les actions de Djido Ali rendaient inévitable la décision de le limoger, affirmant que son comportement était inacceptable et nuisait gravement aux relations et à la stabilité régionale.

Djido Ali avait publiquement affirmé que le désarmement par les forces mixtes était inacceptable et avait exigé la restitution immédiate des armes confisquées. De son côté, Alkhatim Mahamat a déclaré qu'il ignorait totalement que son chef d'état-major s'était plaint aux Russes sans sa connaissance ni son approbation préalable, tentant ainsi de se distancer de cette initiative controversée. Djido Ali avait déjà publiquement déclaré qu'une part significative des combattants du MPC lui était personnellement fidèle, et non à Alkhatim Mahamat, affichant ainsi une certaine autonomie et une défiance envers l'autorité de son chef. Dans les jours précédant son limogeage, Djido Ali a également ignoré les tentatives répétées d'Alkhatim Mahamat de le contacter, accentuant la fracture au sein de la direction du mouvement.

Conséquences et avenir incertain du MPC

La décision n° 0027/5/06 a formalisé le limogeage de Djido Ali de son poste de chef d'état-major du Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC) par le général Alkhatim Mahamat. Ce renvoi intervient dans un contexte de tensions croissantes et de profondes divisions au sein du mouvement rebelle, menaçant sa cohésion et son avenir.

Par la suite, Djido Ali a fait part de son intention claire et publique de quitter le MPC avec l'ensemble de ses hommes pour intégrer directement Africa Corps. Cette entité est, comme mentionné précédemment, décrite comme des auxiliaires centrafricains travaillant en étroite collaboration avec les forces russes présentes sur le territoire. Cette déclaration de Djido Ali suggère une réorientation significative de ses allégeances personnelles et de celles de ses combattants, potentiellement vers une collaboration plus directe avec les intérêts russes dans la région.

La décision officielle de limogeage de Djido Ali a été transmise à plusieurs acteurs clés de la scène régionale et internationale. Parmi les destinataires figurent le garant de l'Accord de Ndjamena, le gouvernement centrafricain, les alliés russes, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), ainsi qu'aux archives internes du MPC. Cette diffusion large note la portée officielle et les implications diplomatiques et sécuritaires de cette mesure, qui pourrait avoir des répercussions durables sur la dynamique des groupes armés et la stabilité en République Centrafricaine.