Débat sur la pacification en Centrafrique : l'opposition conteste le récit gouvernemental

Eh oui! Tu as raison. Le pays est pacifié que dans les esprits seulement du régime. Voilà comment l’opposant Raymond Adouma démonte le bilan sécuritaire de TouadéraOn est dominé, on est sans souveraineté : Raymond Adouma fustige sur la radio Ndékè-luka l'aliénation du territoire national et le pillage des ressources par les russes et rwandais
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Un débat houleux sur la radio Ndékè-luka a mis en lumière les profondes divergences politiques en Centrafrique après l'établissement de la septième République. Cet échange, qui opposait l'opposant Raymond Adouma au ministre Héritier Doneng, a révélé des visions diamétralement opposées de la situation sécuritaire et de la gouvernance du pays. M. Adouma a contesté avec véhémence le récit gouvernemental de pacification, affirmant que la réalité sur le terrain était bien différente de celle décrite par les autorités. Il a notamment déclaré que les populations de l'arrière-pays et autour de Bangui ne peuvent pas circuler librement ni vaquer à leurs occupations quotidiennes en toute sécurité. L'opposant a martelé : « On ne construit pas une république avec des milices qui ne répondent pas aux textes », ajoutant une critique acerbe sur la gestion des ressources : « On dépense 1000 fois plus pour les forces étrangères que pour notre propre armée qui est démunie ».

Contestation de la pacification

Raymond Adouma a affirmé avec force que la pacification revendiquée par le Président Faustin-Archange Touadéra n'existait que dans les discours officiels et les déclarations publiques, sans se traduire par une amélioration concrète de la sécurité pour les citoyens. L'opposant a rejeté point par point les arguments avancés par le ministre Héritier Doneng, soutenant que l'unité nationale et la sécurité demeuraient de simples déclarations qui ne reflètent absolument pas les réalités vécues au quotidien dans les provinces et les zones rurales. Selon M. Adouma, des groupes armés continuent de circuler librement avec leurs armes, entravant ainsi la libre circulation des personnes et des biens sur les routes du pays, créant un climat d'insécurité permanent.

Ces forces, a-t-il précisé, sont non seulement une source d'insécurité, mais elles sont également incapables de sécuriser efficacement les zones pourtant proches de la capitale ou de rétablir une paix durable dans les nombreux villages affectés par la violence. Le discours du 30 mars sur la pacification, prononcé par le chef de l'État, s'inscrit, selon M. Adouma, dans une série de promesses répétitives qui n'ont eu que peu d'effets concrets et tangibles sur le terrain, laissant la population dans une situation précaire. Il a rappelé avec insistance sa position fondamentale selon laquelle « On ne construit pas une république avec des milices qui ne répondent pas aux textes », soulignant l'importance de la primauté du droit et de l'autorité de l'État. Il a également souligné un déséquilibre financier flagrant et préjudiciable, déclarant que « On dépense 1000 fois plus pour les forces étrangères que pour notre propre armée qui est démunie », une situation qu'il juge inacceptable pour la souveraineté et la sécurité du pays.

Arguments du gouvernement

Face à ces critiques, le gouvernement centrafricain maintient une position ferme, affirmant que le pays est pacifié à 100%, tout en continuant paradoxalement d'appeler à la pacification, une dualité qui soulève des interrogations quant à la cohérence de sa communication. Le ministre Héritier Doneng a défendu avec vigueur le bilan du Président Faustin-Archange Touadéra, affirmant que l'armée républicaine, avec l'appui essentiel de ses partenaires internationaux, a réussi à reconquérir l'intégralité du territoire national. Cette affirmation intervient alors que l'armée centrafricaine compterait, selon les chiffres officiels fournis par le gouvernement, au moins 33 000 hommes, un effectif jugé suffisant pour assurer la sécurité du pays. M. Doneng a qualifié le BRDC, le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution, dont Raymond Adouma est une figure, de bloc pessimiste, minimisant ainsi la portée de ses critiques. Le ministre a également souligné le renouveau de la cohésion au sein des communautés centrafricaines, insistant sur une dynamique positive générale malgré les critiques de l'opposition.

Critiques sur les forces et le dialogue

Raymond Adouma a en outre soulevé de graves préoccupations concernant l'existence et l'opérationnalisation de groupes armés non étatiques qui, selon lui, continuent d'opérer en toute impunité. Il a spécifiquement désigné les « requins », une milice privée qu'il a directement attribuée au ministre Héritier Doneng, mettant ainsi en cause l'intégrité et la légitimité des forces en présence. L'opposant a ainsi mis en question la nature même des forces opérant sur le territoire et leur allégeance réelle, insinuant que des acteurs non-officiels, voire illégaux, contribuent à l'insécurité persistante plutôt qu'à la pacification tant annoncée.

L'opposant a également critiqué la gestion des ressources dédiées à la sécurité nationale, qu'il juge déséquilibrée et inefficace. Selon M. Adouma, les forces étrangères coûteraient « 1000 fois plus cher » que l'armée nationale, qu'il a qualifiée de « démunie » et sous-équipée, incapable de faire face aux défis sécuritaires. Cette disparité alarmante dans les dépenses mettrait en lumière, d'après lui, un déséquilibre stratégique et financier préjudiciable au développement des capacités militaires propres à la Centrafrique, rendant le pays dépendant de soutiens extérieurs coûteux.

M. Adouma a par ailleurs rappelé que l'opposition avait sollicité à plusieurs reprises un dialogue constructif avec le gouvernement avant les élections, dans le but d'apaiser le climat politique et social tendu dans le pays. Cet appel visait, selon lui, à trouver des solutions consensuelles aux problèmes du pays et à éviter une polarisation excessive. Cependant, ces demandes n'auraient pas été prises en considération par les autorités, ce qui aurait, d'après l'opposant, contribué de manière significative à la polarisation actuelle et à la persistance des tensions politiques et sociales, rendant difficile toute avancée vers une véritable réconciliation nationale.

Atmosphère du débat

L'échange radiophonique s'est déroulé dans une atmosphère tendue et électrique, marquée par des passes d'armes acérées et des joutes verbales intenses entre les deux invités. Le débat, qui opposait l'opposant Raymond Adouma au ministre Héritier Doneng, a été le théâtre de vives confrontations verbales, illustrant de manière frappante les divergences profondes et irréconciliables entre le gouvernement et l'opposition sur la situation sécuritaire, politique et socio-économique en Centrafrique. Cette confrontation a mis en évidence la difficulté à trouver un terrain d'entente sur l'état réel du pays et les voies à suivre pour sa stabilité future.