L'homme d'affaires Daniel Nzéwé a été interpellé et se trouve actuellement détenu à l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB) à Bangui. Cette arrestation fait suite à une plainte concernant un montant de dix millions de francs CFA. Daniel Nzéwé, né à Bambari sous le nom de Daniel KoliKanga, a par la suite adopté le nom de Nzéwé, qu'il a présenté comme étant celui de son père. Lors de son interpellation, il a affirmé agir sur instruction du ministre des Finances, Erwins Ndoba, déclarant même avoir agi sur « instruction directe du ministre Hervé Ndoba » concernant l'affaire en question. L'arrestation de Daniel Nzéwé est survenue après le dépôt d'une plainte par l'entrepreneur Thierry Ouambéti, surnommé le « Sultan de Dékoa », qui lui réclame dix millions de francs CFA. Daniel Nzéwé est actuellement détenu à l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB) à Bangui, marquant une nouvelle étape dans une carrière jalonnée de controverses judiciaires.
Un passé judiciaire chargé
Le parcours de Daniel Nzéwé s'étend sur plus de vingt ans et est jalonné de dossiers financiers, de plaintes, de détentions, d'accusations de falsifications et de transactions litigieuses. Son histoire est marquée par une série ininterrompue d'incidents qui ont mis en lumière ses méthodes et ses liens présumés avec diverses personnalités. Les affaires dans lesquelles il a été impliqué concernent aussi bien des fonds publics que des investisseurs privés, des opérateurs économiques, des partenaires étrangers, des documents officiels, ainsi que des transactions immobilières ou minières. Ces multiples démêlés judiciaires ont façonné la réputation de Daniel Nzéwé au fil des décennies, le plaçant régulièrement sous les feux des projecteurs de la justice centrafricaine.
En 2005, Daniel Nzéwé a reçu une somme de 14,9 millions de francs CFA de la part d'Abel Goumba, destinée à la mobilisation de la jeunesse. Cette somme de 14,9 millions de francs CFA a par la suite disparu, laissant des interrogations quant à son utilisation et sa destination finale. Plus tard, au cours de la période de transition politique, Daniel Nzéwé a obtenu des sommes significatives auprès d'investisseurs chinois, des transactions qui ont également fait l'objet d'examens minutieux. Ces épisodes initiaux ont posé les jalons d'un mode opératoire qui allait se répéter dans de nombreuses affaires ultérieures, impliquant des montants variés et des acteurs divers.
Un autre incident notable s'est produit en 2015, lorsque vingt millions de francs CFA, alloués à la préparation du Forum de Bangui, ont également disparu. Daniel Nzéwé était officiellement membre de la commission préparatoire de cet événement, ce qui a soulevé des questions sur sa responsabilité dans la gestion de ces fonds. L'homme d'affaires, lors de récentes interpellations, a affirmé agir sur instruction du ministre des Finances, Erwins Ndoba, déclarant même avoir agi sur « instruction directe du ministre Hervé Ndoba » concernant certaines de ses actions. Ces déclarations, réitérées à plusieurs reprises, ont ajouté une dimension politique à ses affaires, suggérant des liens potentiels avec de hauts responsables gouvernementaux.
Dossiers financiers et falsifications
Les accusations de falsification et de malversations financières sont au cœur de plusieurs dossiers impliquant Daniel Nzéwé. Une transaction concernant un terrain public vendu à la société Bocom a atteint 65 millions de francs CFA. L'ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Régis Lionel Dounda, a accusé Daniel Nzéwé d'avoir manipulé des documents et orchestré cette transaction immobilière impliquant Bocom. Ce dossier Bocom représente un préjudice estimé à plus de 50 millions de francs CFA, soulignant l'ampleur des sommes en jeu et la complexité des manœuvres attribuées à l'homme d'affaires.
En octobre 2021, un montant de cinq millions de francs CFA, destiné à la gestion de la pandémie, a été retiré du Trésor public à l'aide de documents falsifiés et d'une signature ministérielle imitée. Cette affaire a mis en lumière l'audace des méthodes employées, ciblant des fonds publics destinés à une cause d'intérêt général. La même année, Daniel Nzéwé a fabriqué des documents pour se présenter à la Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES) comme le point focal du ministère de la Jeunesse et des Sports. Ces documents comprenaient une fausse paraphe du directeur de cabinet, une fausse signature du ministre et un faux cachet ministériel, démontrant une capacité à contrefaire des documents officiels pour obtenir des positions d'influence ou des avantages.
Les pratiques de falsification de Daniel Nzéwé ne se sont pas limitées aux documents administratifs internes. En octobre 2024, Daniel Nzéwé a été arrêté pour une opération visant des investisseurs étrangers, utilisant de fausses invitations officielles et imitant la signature du directeur de cabinet de la présidence. Le montant impliqué dans cette opération d'octobre 2024 a atteint entre deux et trois milliards de francs CFA, selon les informations disponibles. Des investisseurs canadiens, saoudiens et israéliens étaient ciblés par cette opération, qui s'appuyait sur des documents frauduleux pour attirer des fonds. Cette affaire internationale a révélé l'étendue de ses activités, qui ne se cantonnaient pas aux frontières nationales mais visaient des acteurs économiques étrangers, avec des enjeux financiers considérables.
Entre réhabilitation et nouvelles accusations
La complexité du parcours de Daniel Nzéwé est également illustrée par des tentatives de résolution financière et des rebondissements inattendus. Thierry Ouambéti a refusé la proposition de règlement de quatre millions de francs CFA qui lui était faite, exigeant plutôt la restitution intégrale des dix millions de francs CFA. Daniel Nzéwé a affirmé, dans ce contexte, agir sur les instructions du ministre des Finances, Hervé Ndoba. Cette situation a conduit à l'arrestation de Daniel Nzéwé et à sa détention à la prison de Ngaragba. Cette incarcération à Ngaragba a marqué une période de détention pour l'homme d'affaires, ajoutant un chapitre supplémentaire à son casier judiciaire déjà bien fourni.
Parallèlement à ces événements, un dossier d'abus de confiance a été ouvert, impliquant la somme de 24 millions de francs CFA appartenant à l'opérateur sino-espagnol YaoYé Yongsong. Dans le cadre de cette affaire, Daniel Nzéwé et JeanChristophe Robembe ont été placés en détention provisoire. Cette détention provisoire a souligné la gravité des accusations portées contre lui et la complexité des réseaux dans lesquels il opérait. Malgré ces démêlés judiciaires, Daniel Nzéwé a intégré le Mouvement Cœurs Unis, le parti présidentiel. Cette adhésion à la formation politique au pouvoir a suscité des interrogations sur les motivations derrière cette intégration et les implications pour son statut. Une tentative de résolution financière a eu lieu à l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), où Pascal Bida Koyagbélé a proposé quatre millions de francs CFA comme règlement. Cependant, Thierry Ouambéti a catégoriquement refusé cette offre, maintenant sa demande de remboursement intégral des dix millions de francs CFA.
Implications et perspectives
L'arrestation de Daniel Nzéwé fait suite à la plainte déposée par l'entrepreneur Thierry Ouambéti, surnommé le « Sultan de Dékoa », qui lui réclame dix millions de francs CFA. Cette plainte est la dernière en date d'une longue série d'accusations qui ont jalonné la carrière de l'homme d'affaires. Malgré son passé judiciaire chargé, Daniel Nzéwé avait été nommé conseiller spécial au ministère de la Jeunesse et des Sports, une position qui a étonné de nombreux observateurs compte tenu de ses antécédents.
Sa candidature parlementaire avait été rejetée par la Cour constitutionnelle en 2020 en raison de sa moralité et de ses antécédents judiciaires, un fait qui semblait alors mettre un terme à ses ambitions politiques. Cependant, sa candidature parlementaire a été validée en 2025, marquant une évolution notable de sa situation politique malgré les démêlés récurrents. Cette validation, malgré un passé judiciaire tumultueux, soulève des questions sur les critères de sélection et les influences politiques en jeu.
Le cas de Daniel Nzéwé continue de susciter l'attention à Bangui, illustrant les défis liés à la gouvernance et à la lutte contre la corruption. Son parcours, entre accusations de fraude, détention et tentatives de réhabilitation politique, reste un sujet de débat et d'analyse dans le paysage centrafricain. Les développements futurs de cette affaire seront suivis de près, notamment en ce qui concerne les suites judiciaires des plaintes en cours et les implications de ses déclarations concernant le ministre des Finances.