Centrafrique : Le dialogue de paix, un écran de fumée pour exclure les forces nationales ?

Ali Darassa UPC désarmement Bangui
Photo via Corbeaunews-centrafrique

Depuis 2016, les autorités centrafricaines affirment la priorité d'un processus de dialogue national pour la paix. Le président Faustin-Archange Touadéra a déclaré placer le dialogue avec ses concitoyens au cœur de sa stratégie pour ramener la stabilité dans le pays. Cette approche vise à impliquer les différentes composantes de la société centrafricaine dans la résolution des conflits persistants, une promesse réitérée depuis son accession au pouvoir. Au cours des dernières années, plusieurs initiatives ont été lancées dans cette optique, bien que leur efficacité et leur inclusivité soient régulièrement remises en question par de nombreux observateurs et acteurs politiques. Le chemin vers une paix durable reste complexe et semé d'embûches, notamment en raison des perceptions d'exclusion de certaines forces vives du pays.

Exclusion des groupes centrafricains

Les miliciens Azandé du Haut-Mbomou, bien que centrafricains, n'ont trouvé aucune place à la table des négociations avec le régime. Cette mise à l'écart est perçue comme un signal fort de la volonté gouvernementale de ne pas dialoguer avec certains acteurs armés nationaux. Les Antibalaka sont également écartés de ce processus de dialogue, leurs représentants n'étant pas invités à participer aux discussions officielles. Des figures comme Ngaïssona se retrouvent derrière les barreaux, selon des sources proches des dossiers, ce qui renforce le sentiment d'une répression ciblée. Les leaders du PRNC, Nourd Gregaza, ou du CMSPR, tels que Sayo ou Florent Kema, sont tenus à distance ou placés en détention arbitraire, les empêchant de facto de prendre part à tout processus de paix. Le cas de Révolution Justice (RJ) de Belanga ou de Sayo, selon des observateurs, confirme cette politique de mise à l'écart des nationaux, soulevant des questions sur la sincérité de l'approche inclusive prônée.

Privilèges accordés aux mercenaires étrangers

Par contraste, Ali Darassa, le chef de l'UPC d'origine nigériano-tchadienne, et Bobbo, de l'ex-3R, bénéficient d'une attention et de privilèges que les groupes centrafricains n'obtiennent jamais, selon des informations rapportées. Cette disparité de traitement est source de frustration et d'incompréhension au sein de la population et des groupes armés locaux. Elle suggère une préférence pour des acteurs étrangers, dont l'influence sur le territoire centrafricain est souvent critiquée. Par contraste, Abdoulaye Hissène, une figure du FPRC, a désarmé plus de 800 de ses éléments, un geste significatif en faveur de la paix. Malgré ce geste de bonne volonté et de désarmement, Abdoulaye Hissène est actuellement détenu au Camp de Roux. Ses combattants, qui avaient déposé les armes, attendent toujours leur intégration dans l'armée nationale, une intégration qui, contrairement à celle des mercenaires étrangers, ne se concrétise jamais, d'après des observateurs. Cette situation met en lumière un double standard préoccupant dans la gestion des forces armées et des processus de désarmement.

Le refus du débat démocratique

L'ancien président François Bozizé, considéré comme un acteur clé de l'élection de Faustin-Archange Touadéra, a sollicité l'organisation d'un débat public et transparent. Cette demande a été catégoriquement refusée par les autorités, fermant ainsi la porte à une confrontation d'idées ouverte et démocratique. Ce rejet intervient alors que le gouvernement privilégie d'autres formes de dialogue, souvent perçues comme moins inclusives ou moins transparentes, suscitant des interrogations sur la volonté d'inclure toutes les sensibilités politiques dans la recherche de solutions pour la Centrafrique. L'opposition et certains observateurs dénoncent ce qu'ils perçoivent comme une fermeture de l'espace démocratique, essentielle à la construction d'une paix durable et acceptée par tous. L'absence de ce débat public, pourtant demandé par une figure politique majeure, renforce l'idée d'une stratégie visant à contrôler le discours et à limiter la participation.

Analyse de la stratégie présidentielle

Le discours présidentiel du 8 mai confirme une dérive, où la parole présidentielle dissimule l'abandon des forces vives nationales. Cette affirmation, relayée par certains observateurs, suggère que la rhétorique officielle autour du dialogue de paix ne refléterait pas une véritable volonté d'intégrer l'ensemble des acteurs nationaux dans la résolution des crises centrafricaines. Elle met en lumière une perception selon laquelle le président Faustin-Archange Touadéra privilégierait certaines approches qui marginaliseraient des composantes essentielles de la société. Cette situation soulève des interrogations quant à l'inclusivité et l'efficacité à long terme des initiatives de paix menées par les autorités. L'écart entre le discours et la réalité des actions sur le terrain nourrit le scepticisme et pourrait compromettre les efforts de réconciliation nationale.