Plus de soixante conseillers municipaux sont appelés à élire le maire de Bangui ce lundi 17 juin, marquant une étape importante pour la capitale centrafricaine. Ce scrutin intervient dans un contexte où deux femmes se sont distinguées pour briguer la tête de la mairie, ouvrant la voie à une élection potentiellement historique. Cette confrontation inédite entre deux personnalités féminines marque un tournant symbolique pour la représentation des femmes dans la vie politique locale et suscite un intérêt particulier, tant au niveau national qu'international.
Les candidates en lice
Adrienne Portia Deya-Abazène, inspectrice des Douanes et présidente de la Fédération des associations des femmes entrepreneures de Centrafrique (FAFECA), est l'une des deux candidates. Sa candidature apporte une dimension particulière à cette élection, compte tenu de son parcours professionnel et de son engagement associatif. Spécialiste en gestion des risques financiers, elle est actuellement receveuse des douanes, une position qui lui confère une connaissance approfondie des mécanismes économiques et administratifs. Son expérience dans l'administration publique, notamment au sein des services douaniers, est mise en avant comme un atout majeur pour la gestion des affaires municipales. Elle a notamment initié le Salon de l’entrepreneuriat féminin (SANEF) en 2024, une initiative qui témoigne de son engagement en faveur de l'autonomisation économique des femmes.
Son programme électoral s'articule autour de 50 engagements précis, visant à transformer la capitale. Ces engagements couvrent un large éventail de domaines, allant de la bonne gouvernance à l'amélioration du cadre de vie des habitants. Pour ses 100 premiers jours, Adrienne Portia Deya-Abazène promet un audit financier de la municipalité de Bangui, une mesure destinée à assurer la transparence et la bonne gestion des ressources publiques. Elle envisage également le lancement de la plateforme numérique "BanguiPay", un outil qui pourrait moderniser les services municipaux et faciliter les transactions pour les citoyens. Enfin, une réforme de la police municipale figure parmi ses priorités immédiates, dans le but d'améliorer la sécurité et l'ordre public au sein de la ville.
Prisca Roseline Mano est la candidate investie par le Mouvement Cœurs Unis (MCU), le parti au pouvoir, ce qui lui confère un soutien politique significatif. Elle est titulaire d'un diplôme en gestion d'entreprise, une formation qui lui a permis de développer des compétences en management et en organisation. Forte de cette expertise, elle dirige deux sociétés spécialisées dans les travaux modernes et le transit, démontrant ainsi sa capacité à mener des projets d'envergure et à gérer des équipes. Son projet pour la capitale est basé sur dix engagements prioritaires, reflétant une vision ciblée et pragmatique pour le développement de Bangui.
Parmi ses priorités, Prisca Roseline Mano cite l'assainissement, un enjeu clé pour la santé publique et la qualité de vie des Banguissois. L'hygiène publique est également au cœur de ses préoccupations, avec des propositions visant à améliorer la propreté des rues et des espaces communs. Elle s'engage également pour l'amélioration des voies urbaines, un aspect essentiel pour fluidifier la circulation et faciliter les déplacements. Le renforcement de la mobilité figure aussi parmi ses objectifs, cherchant à optimiser les transports en commun et les infrastructures routières. Enfin, la digitalisation des services municipaux est une composante clé de son programme, dans l'optique de moderniser l'administration et de rendre les démarches plus accessibles aux citoyens.
Contexte politique de l'élection
L'élection du maire de Bangui est largement pressentie comme favorable aux élus proches du pouvoir en place. Ces derniers dominent en effet les conseils municipaux, issus des élections du 28 décembre dernier. Cette dominance des forces politiques liées à l'exécutif est un facteur déterminant qui influence le déroulement et l'issue du scrutin. La configuration actuelle des instances locales confère un avantage significatif aux candidats soutenus par le parti au pouvoir ou ses alliés, renforçant ainsi la probabilité d'une victoire pour la candidate du MCU.
La plupart des partis d'opposition ont boycotté ces élections municipales du 28 décembre, une décision qui a profondément marqué le paysage politique local. Cette absence notable de la majorité des forces d'opposition a eu pour conséquence de laisser un champ plus ouvert aux formations politiques liées à l'exécutif, facilitant leur implantation et leur domination dans les conseils municipaux. Seul le parti de l'ancien Premier ministre Anicet Georges Dologuélé a participé à ces scrutins, constituant une exception dans le paysage politique national et témoignant d'une stratégie différente face au boycott généralisé. Cette situation politique est un élément clé pour comprendre les dynamiques en jeu lors de l'élection du maire de Bangui et l'équilibre des forces en présence.
Perspectives et déclarations
Cette élection vise à désigner le successeur d'Émile Gros-Raymond Nakombo à la tête de la mairie de Bangui. L'enjeu est de taille pour la capitale centrafricaine, car le nouveau maire aura la responsabilité de gérer les affaires courantes de la ville et de mettre en œuvre des politiques locales essentielles pour son développement. Émile Gros-Raymond Nakombo avait occupé ce poste clé, et son départ ouvre la voie à une nouvelle administration dans un contexte politique marqué par les récentes élections municipales.
La compétition entre les deux candidates, Adrienne Portia Deya-Abazène et Prisca Roseline Mano, s'inscrit donc dans la continuité de la gouvernance locale après le mandat de leur prédécesseur. Le choix de la future maire aura des implications directes sur des domaines tels que l'assainissement, la sécurité et le développement urbain de Bangui, influençant ainsi le quotidien de ses habitants pour les années à venir. L'issue de ce scrutin est attendue avec intérêt, car elle déterminera non seulement la direction future de la capitale, mais aussi la place des femmes dans les postes de décision en République Centrafricaine.