Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a lancé à plusieurs reprises des appels pressants à la diaspora pour qu'elle revienne contribuer au développement du pays, comme en atteste un article daté du 20 mai 2026. Ces exhortations présidentielles visent à mobiliser les compétences et les ressources des Centrafricains établis à l'étranger. M. Touadéra a notamment exhorté les Centrafricains de l'étranger à faire preuve de « patriotisme » lors d'une allocution prononcée à Moscou en mars 2026. Il a souligné l'importance de cette contribution pour l'avenir de la nation.
Le président a souligné que les formations reçues à l'étranger avaient pour objectif le retour des diplômés. « C’est à nous, les Centrafricains, de prendre en main notre pays. Il faut être vaillant. Il faut être fort », a-t-il déclaré, ajoutant : « Les formations que nous vous avons accordées dans différents pays étrangers ont précisément pour objet votre retour au pays. Il faut un peu de patriotisme. » Ces paroles résonnent comme un appel à la responsabilité collective. Il a également déploré la perte de lien avec le pays d'origine pour les enfants de la diaspora, affirmant : « Quand on n’est pas patriote, on travaille à l’étranger, on vieillit là-bas, on s’y installe, on y fonde une famille. Les enfants grandissent dans ce pays d’accueil. Ils ne connaissent plus le pays d’origine. » Cette situation, selon lui, représente un déracinement progressif. M. Touadéra a conclu en affirmant : « Si ces réalités vous font mal, alors rentrez au pays. Venez travailler à les changer. » Il a ainsi tenté de susciter un élan de solidarité et d'engagement envers la patrie.
Le cas Dr. Erenon
Le Dr Dominique Désiré Erenon, constitutionnaliste et ancien expert auprès de l'Union africaine, a été arrêté à son arrivée dans la capitale centrafricaine. Son interpellation est survenue le 3 octobre 2025 à l'aéroport Bangui-Mpoko. Cet événement a marqué un tournant dans le parcours de cet intellectuel, qui avait auparavant contribué aux travaux de l'organisation continentale. Son arrestation a suscité des interrogations quant aux circonstances précises de son interpellation et aux motifs invoqués par les autorités. La rapidité de cette arrestation dès son retour a interpellé de nombreux observateurs.
Dans les mois qui ont suivi son arrestation, le Dr Dominique Désiré Erenon a été transféré à la prison de Ngaragba. Ce transfert a eu lieu en décembre 2025, confirmant son maintien en détention après son arrivée dans le pays. La prison de Ngaragba est un établissement pénitentiaire connu de la capitale, où sont généralement incarcérées les personnes mises en cause dans des affaires judiciaires. Le sort du Dr Erenon est suivi de près par certains observateurs et acteurs de la société civile, qui s'interrogent sur les fondements juridiques de cette détention.
Un appel à la patrie
Le président Faustin-Archange Touadéra a exhorté la diaspora à s'impliquer activement dans le développement de la République centrafricaine. « C’est à nous, les Centrafricains, de prendre en main notre pays. Il faut être vaillant. Il faut être fort », a-t-il déclaré à Moscou en mars 2026, appelant au patriotisme des citoyens établis à l'étranger. Cet appel intervient dans un contexte où le pays cherche à mobiliser toutes ses forces vives.
Cette démarche présidentielle intervient dans un contexte politique où la Constitution de 2023 impose des restrictions importantes. La loi fondamentale centrafricaine interdit en effet aux binationaux d'accéder à des postes clés de la fonction publique, tels que les ministères ou la présidence de la République. Elle exige pour ces fonctions la possession exclusive de la nationalité centrafricaine, ce qui pourrait compliquer le retour et l'intégration de certains membres de la diaspora souhaitant occuper des positions de responsabilité. Cette disposition constitutionnelle soulève des questions quant à la cohérence entre les appels au retour et les cadres légaux en place.
Réalités sur le terrain
Sur le terrain, la perception de la situation diffère des appels officiels. Des mercenaires de Wagner, ou désormais de l'Africa Corps, contrôlent des mines, des routes et se livrent à des activités de racket, selon l'article. Cette présence étrangère est un facteur de complication dans le paysage économique et sécuritaire du pays, créant un climat d'incertitude et d'insécurité pour les populations locales. Ce contrôle exercé par des groupes armés privés a des répercussions directes sur l'économie formelle et informelle.
Les infrastructures essentielles restent dans un état de dégradation avancée. Les routes sont en mauvais état, rendant les déplacements difficiles et coûteux. L'électricité est fréquemment coupée, perturbant la vie quotidienne et les activités économiques. L'accès à l'eau potable est limité ou l'eau disponible est insalubre, posant de graves problèmes de santé publique. Ces difficultés quotidiennes affectent directement la vie des habitants et des potentiels investisseurs, rendant le retour et l'établissement dans le pays particulièrement ardus. Le manque d'infrastructures fiables est un frein majeur au développement.
L'article rapporte que le régime en place privilégie les étrangers, notamment les Rwandais, les Camerounais et les Libanais, pour l'attribution des marchés et des contrats commerciaux. Cette politique est perçue comme désavantageant les entrepreneurs et les citoyens centrafricains dans leur propre pays, alimentant un sentiment de frustration et d'injustice. Ce favoritisme remet en question l'opportunité pour les Centrafricains de la diaspora de trouver des débouchés économiques significatifs à leur retour.
Implications et avertissements
Le Dr Dominique Désiré Erenon fait face à huit chefs d'accusation, qui incluent la conspiration, l'atteinte à la sûreté de l'État et la tentative de déstabilisation du pays. Ces accusations sont graves et illustrent les risques potentiels rencontrés par certains membres de la diaspora qui choisiraient de revenir et de s'engager politiquement ou socialement. Sa situation envoie un signal fort sur les dangers que peuvent représenter un retour au pays pour ceux qui pourraient être perçus comme des opposants ou des menaces.
Un compatriote ayant étudié en Russie à partir de 1995 et revenu en 2000 pour travailler n'a rien trouvé et a été contraint de repartir. Cet exemple concret note les difficultés pratiques et économiques auxquelles peuvent être confrontés les Centrafricains de la diaspora, même avec une formation solide et la volonté de contribuer. L'absence d'opportunités professionnelles et d'un environnement favorable à l'emploi peut rapidement décourager les bonnes volontés et pousser à un nouvel exil. Ces témoignages contrastent fortement avec les appels du président à un retour massif.