Évariste Ngamana, surnommé le « grand sorcier de Carnot », a affirmé qu'Anicet-Georges Dologuélé devait adresser une demande de réintégration au Président Faustin-Archange Touadéra. Cette déclaration, faite par le porte-parole du gouvernement, semble s'inscrire dans une stratégie visant à contester le siège de Dologuélé à l'Assemblée nationale. « Anicet-Georges Dologuélé doit écrire au Président de la République », a déclaré M. Ngamana, présentant son interprétation comme une simple application de la loi. Il a ajouté qu'en l'absence de cette démarche, « il ne pourrait plus siéger à l’Assemblée nationale », car « c’est qu’il n’a aucune nationalité pour continuer à siéger à l’Assemblée nationale ».
La controverse sur la nationalité
La controverse s'articule autour de la question de savoir si Anicet-Georges Dologuélé a véritablement perdu sa nationalité centrafricaine, un enjeu qui alimente les débats politiques actuels. Cette question centrale est au cœur d'un bras de fer juridique et politique qui pèse sur l'avenir parlementaire de l'élu. Les défenseurs de M. Dologuélé, de leur côté, soutiennent qu'il n'a pas besoin de solliciter une réintégration pour redevenir ce qu'il est déjà. Ils affirment que sa nationalité centrafricaine n'a jamais été légalement perdue, rendant superflue toute démarche administrative en ce sens. Cette position s'oppose frontalement à l'argumentaire du gouvernement.
Évariste Ngamana, porte-parole du gouvernement, fonde son argumentaire sur l'« article 42 du Code de la nationalité centrafricaine ». Cet article, selon l'interprétation de M. Ngamana, serait la base juridique justifiant la nécessité pour M. Dologuélé d'entreprendre des démarches. L'article 42 du Code de la nationalité centrafricaine stipule, d'après les déclarations de M. Ngamana, qu'une personne ayant perdu la nationalité centrafricaine doit obligatoirement adresser une demande de réintégration au Président de la République. Cette procédure est présentée comme la voie légale pour retrouver son statut de citoyen et est considérée par le gouvernement comme une étape important pour M. Dologuélé.
Avant toute décision, Ngamana a précisé qu'une enquête serait menée pour évaluer le dossier du demandeur, avant qu'un éventuel décret de réintégration ne puisse être signé par le chef de l'État. Cette procédure administrative note la complexité des démarches liées à la nationalité dans le pays et la rigueur que le gouvernement entend appliquer. Cette polémique fait suite à une décision antérieure, lorsque le Tribunal de grande instance de Bangui a annulé le certificat de nationalité d'Anicet-Georges Dologuélé en octobre 2025, jetant les bases de la contestation actuelle concernant son statut civique. Cette annulation a été un moment clé, fournissant un argument juridique au gouvernement pour remettre en question la légitimité de son siège. Pour les partisans de M. Dologuélé, cette annulation est contestable et ne suffit pas à prouver une perte effective de nationalité.
Déclarations et précédents politiques
M. Ngamana affirme que sans une telle demande de réintégration, Anicet-Georges Dologuélé ne pourrait plus siéger à l'Assemblée nationale. Le porte-parole du gouvernement a précisé que si M. Dologuélé ne sollicite pas sa réintégration, il n'aurait « aucune nationalité » lui permettant de continuer à occuper son siège à l'Assemblée nationale. Cette déclaration met en lumière la gravité de l'enjeu pour la carrière politique de M. Dologuélé, menaçant directement son mandat parlementaire. La position du gouvernement est claire : la réintégration est une condition sine qua non pour la continuation de son rôle de député.
Cette prise de position d'Évariste Ngamana fait écho à une déclaration similaire formulée quelques jours auparavant par Fidèle Gouandjika. M. Gouandjika avait également abordé publiquement la question de la nationalité de M. Dologuélé et de son aptitude à siéger, ajoutant une pression supplémentaire sur l'élu. La déclaration de M. Ngamana s'inscrit donc dans une série d'interventions politiques sur ce sujet sensible, suggérant une campagne coordonnée pour contester la légitimité de M. Dologuélé. Ces déclarations publiques contribuent à intensifier le débat et à polariser l'opinion sur cette affaire.
La situation actuelle est par ailleurs mise en parallèle avec le précédent de la destitution de Karim Meckassoua de son poste de Président de l'Assemblée nationale en 2018. Ce cas précédent est cité par certains observateurs comme un exemple des enjeux politiques liés aux procédures d'éligibilité et de statut des élus en République Centrafricaine, et comme un avertissement potentiel pour M. Dologuélé. La destitution de M. Meckassoua avait également soulevé des questions juridiques et politiques complexes, et sa mention dans le contexte actuel note la récurrence de telles controverses dans le paysage politique centrafricain.
Parcours électoral et juridique
Le gouvernement soutient que M. Dologuélé a perdu sa nationalité et doit solliciter sa réintégration auprès du Président Faustin-Archange Touadéra pour pouvoir continuer à exercer ses fonctions. Cette position est fermement défendue par le porte-parole du gouvernement, qui insiste sur le respect des procédures légales. Les défenseurs d'Anicet-Georges Dologuélé contestent cette position, affirmant que le fait de renoncer à la nationalité française ne crée pas automatiquement une situation nécessitant une nouvelle demande de nationalité centrafricaine. Ils soutiennent que la nationalité centrafricaine de M. Dologuélé n'a jamais été interrompue, et qu'il n'y a donc pas lieu de la « réintégrer ».
Ces discussions interviennent alors que le Conseil Constitutionnel avait validé la candidature d'Anicet-Georges Dologuélé à l'élection présidentielle. Cette validation avait été un jalon important, permettant à M. Dologuélé de participer pleinement au processus électoral en tant que candidat éligible. La décision du Conseil Constitutionnel avait à l'époque confirmé son statut et son droit à se présenter aux plus hautes fonctions de l'État, rendant d'autant plus complexe la contestation actuelle de sa nationalité.
Anicet-Georges Dologuélé a ensuite participé à l'élection, obtenant un mandat de député. Son élection à l'Assemblée nationale fait suite à ce parcours validé par les instances juridiques du pays, ce qui renforce l'argument de ses défenseurs quant à la légitimité de son statut actuel. Le fait qu'il ait été élu après une validation de sa candidature par la plus haute instance constitutionnelle est un élément central de la défense, qui y voit une reconnaissance implicite et explicite de sa nationalité centrafricaine.
Interprétations divergentes de la loi
Cette interprétation gouvernementale est directement contestée par la défense de la figure de l'opposition. Les avocats d'Anicet-Georges Dologuélé défendent une lecture opposée du dossier, affirmant que leur client n'a pas besoin de solliciter une réintégration pour retrouver sa nationalité centrafricaine, qu'il estime n'avoir jamais perdue. Cette position s'oppose à l'argumentaire du gouvernement qui insiste sur la nécessité d'une demande formelle adressée au Président Faustin-Archange Touadéra. Les avocats de M. Dologuélé estiment que l'article 42 du Code de la nationalité centrafricaine est mal interprété par le gouvernement et qu'il ne s'applique pas à la situation de leur client.
La controverse met en lumière des interprétations juridiques divergentes sur la perte et la réintégration de la nationalité, un sujet complexe qui a des implications profondes pour la vie politique. La défense de M. Dologuélé soutient que la renonciation à une nationalité étrangère ne signifie pas automatiquement la perte de la nationalité d'origine, surtout si cette dernière n'a jamais été formellement déchue par une décision de justice irrévocable. La bataille autour de la nationalité d'Anicet-Georges Dologuélé est ainsi devenue un enjeu majeur, non seulement pour le député lui-même, mais aussi pour l'équilibre des pouvoirs et l'interprétation du droit en République Centrafricaine. L'issue de cette affaire pourrait créer un précédent significatif pour d'autres figures politiques et pour la jurisprudence en matière de nationalité.